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À voir au cinéma: «Collapse (Face à Gaza)», «Ressacs, une histoire touarègue», «Cosmos», «The World of Love»

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05.05.2026

À voir au cinéma: «Collapse (Face à Gaza)», «Ressacs, une histoire touarègue», «Cosmos», «The World of Love»

Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 5 mai 2026 à 19h55

Les films d'Anat Even, Intagrist El Ansari, Germinal Roaux et Yoon Ga-eun, dans la radicale singularité de chacun, ouvrent des perspectives inédites sur de multiples enjeux contemporains.

Temps de lecture: 9 minutes

Ce mercredi 6 mai est le dernier avant l'ouverture du prochain Festival de Cannes, le mardi 12. Il est d'usage que cet ultime jour de sortie avant le début de la plus grande manifestation de cinéma au monde soit réservée à des films qui n'ont pas trouvé une place dans les salles à une meilleure date.

Et il est courant qu'y figurent des pépites à un titre ou un autre transgressives, dont il y a lieu de craindre qu'elles ne bénéficieront pas de l'attention qu'elles méritent, quand l'intérêt des professionnels et des cinéphiles est déjà tourné vers la Croisette.

C'est vrai cette année, en particulier avec deux films importants, en phase avec l'actualité la plus brûlante. L'un (Collapse) concerne le génocide qui se poursuit en Palestine, même si les médias l'ont presqu'entièrement relégué dans l'ombre, l'autre (Ressacs, une histoire touarègue) éclaire la guerre en cours au Mali, qui mobilise notamment des populations dont on a pris grand soin de ne rien savoir depuis des décennies, voire des siècles, les Touaregs.

De manière moins criante, la très fine approche des crimes sexuels par The World of Love et la magnifique rencontre avec une manière d'habiter la Terre en marge de la domination moderniste et occidentale de Cosmos confirment qu'il n'y a nulle raison d'attendre Cannes pour trouver de bonnes raisons d'aller au cinéma.

«Collapse (Face à Gaza)», d'Anat Even

La réalisatrice israélienne Anat Even a grandi dans le kibboutz Nir Oz, situé dans le sud-ouest d'Israël, tout près de la bande de Gaza, et qui a été une des principales cibles des attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Beaucoup de ses amies en ont été victimes. Dès qu'elle peut y accéder, elle s'y rend, filme les maisons détruites, les traces des violences atroces qui y ont été commises.

Ce kibboutz était un haut lieu de la contestation de la politique israélienne et de la défense des droits des Palestiniens. Sur les murs subsistent des affiches qui en attestent. En visitant les ruines de cet endroit où elle a aussi appris son métier de cinéaste, Anat Even se trouve donc à proximité immédiate, mais inaccessible, de l'écrasement de la bande de Gaza qui a commencé aussitôt après.

Seuls les immenses panaches de fumée et de poussière créés par le bombardement systématique de l'ensemble de l'enclave, massacrant les humains et anéantissant les possibilités de vivre, sont visibles de là où elle se trouve. Très présents, les sons des explosions et des bombardiers occupent l'espace sonore. La terreur exercée par l'armée israélienne ne s'incarne de manière proche que par la brutalité, incommensurable à ce qui se passe «en face», des soldats qui interdisent l'accès.

Sur la route à proximité du territoire palestinien écrasé sous les bombes, Anat Even roule tout en discutant à distance avec son ami qui se trouve en France. | Capture d'écran JHR Films via YouTube

Déchirée par la tristesse de ce qui est advenu à ses proches, la réalisatrice trouve le moyen de ne pas se laisser aveugler par elle, travaille avec sa caméra à réinscrire les horreurs commises le 7-Octobre dans un contexte nourri par un très long passé –celui de la violence sioniste qui avait enfermé deux millions d'humains dans la bande de Gaza– et par une infernale actualité.

Elle y parvient notamment en développant, sur la bande-son, un dialogue avec un ami se trouvant à distance, à Paris: Ariel Cypel, artiste, intellectuel et militant antisioniste. Ensemble, mais avec des approches différentes, ils cherchent à dire comment ne pas se........

© Slate