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Ne nous racontons pas d'histoires, la crise énergétique est profonde et ses conséquences seront durables

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01.05.2026

Ne nous racontons pas d'histoires, la crise énergétique est profonde et ses conséquences seront durables

Gérard Horny – 1er mai 2026 à 6h55

Hausse des prix des carburants, risques de pénurie, remous au sein de l'OPEP, accélération de l'électrification de l'économie: au-delà des effets de court terme, le choc pétrolier et gazier actuel aura des répercussions durables sur l'économie mondiale.

Temps de lecture: 9 minutes

Qui a raison? Lors d'une conférence organisée par l'Institut français des relations internationales (IFRI), du 24 au 26 avril à Chantilly (Oise), Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies, a lancé une mise en garde remarquée: «Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques.» Dès le lendemain de cette déclaration, le président Emmanuel Macron a répliqué: «La situation ne nous fait envisager aucune pénurie.» Les ministres Roland Lescure (Économie et Finances) et Maud Bregeon (chargée de l'Énergie) ont ensuite tenu des propos allant dans le même sens.

En fait, les deux opinions sont justes. Patrick Pouyanné est bien placé pour savoir ce qu'il se passe sur les marchés: il est évident qu'une fermeture du détroit d'Ormuz qui durerait encore deux ou trois mois ne serait pas sans conséquences graves sur l'approvisionnement du monde en gaz et en pétrole. Les chiffres fournis par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) montrent que la dégradation déjà enregistrée est considérable. Et les déclarations de Donald Trump laissent présager un blocage du détroit pour encore plusieurs mois, ce qui fait craindre le pire.

La plus grande perturbation de l'histoire

Selon le rapport de l'AIE sur le marché pétrolier publié le 14 avril, «l'offre mondiale de pétrole a chuté de 10,1 millions de barils par jour (mb/j) pour s'établir à 97 mb/j en mars, en raison des attaques continues contre les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient et des restrictions persistantes imposées à la circulation des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, entraînant la plus grande perturbation de l'histoire». Et les chiffres qui seront publiés le 13 mai prochain devraient indiquer un nouveau recul.

Les pays d'Asie du Sud-Est vers lesquels sont dirigés très majoritairement le pétrole et le gaz qui transitent par le détroit d'Ormuz ont été les premiers touchés. Non seulement, plusieurs États comme l'Indonésie ou la Malaisie interviennent financièrement pour maintenir des prix des carburants à des niveaux supportables pour leur population, mais des mesures ont été prises dans certains pays comme la Birmanie ou la Thaïlande pour limiter la consommation d'énergie.

Tous les pays du monde étant en concurrence pour des produits énergétiques qui se font plus rares, le choc se transmet partout par la hausse des prix, qui provoque inévitablement une baisse de la consommation. Des acheteurs se retirant du marché, les produits resteront disponibles, ce qui permettra de dire qu'il n'y a pas de pénurie même si la crise se prolonge, mais le résultat en sera très voisin…

Croissance ralentie, inflation plus forte

Du point de vue européen, on en a déjà un bon exemple ici, avec les craintes sur le kérosène, le Vieux Continent dépendant pour plus de la moitié de son approvisionnement des raffineries situées autour du golfe Persique. Au sens propre du terme, il n'y a pas encore de pénurie, mais ce carburant étant devenu très cher, les compagnies qui ne peuvent répercuter cette hausse sur leurs clients préfèrent supprimer des vols plutôt que de travailler à perte. C'est ce que font Transavia, SAS, KLM et d'autres. Mieux vaut pour elles annuler ce printemps des vols pour lesquels les billets ont été vendus à des prix modérés ou qui ne seront pas complets, afin de préserver les vols de cet été avec des tarifs élevés et des avions........

© Slate