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Mineurs dans le narcobanditisme: de plus en plus jeunes, de moins en moins protégés

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14.03.2026

Série Épisode 1 EP. 1 Narcotrafic : des enfants exploités en bande organisée

Mineurs dans le narcobanditisme : de plus en plus jeunes, de moins en moins protégés

Ni le ministère de la justice ni celui de l’intérieur ne se donnent les moyens de savoir combien de mineurs sont victimes de l’exploitation des trafiquants de drogue en France. Pour comprendre l’ampleur de ce phénomène, « Mediapart » a interrogé des magistrats, des avocats, des éducateurs ainsi que des policiers.

Feriel Alouti , Mathilde Mathieu et Pascale Pascariello

Cet article est en accès libre.

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Le 1er août 2025, à Bagnols-sur-Cèze (Gard), Selim*, 17 ans, a été criblé de balles. Il a survécu à ses blessures.

Le 15 novembre 2025, à Grenoble (Isère), un mineur non accompagné, âgé de 12 ans, a été tué par balle.

Le 28 novembre 2025, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le corps carbonisé d’Abderrahim, 15 ans, a été retrouvé près d’une aire de jeux.

Combien de mineurs, comme Abderrahim, ont été tués, et combien, comme Selim, ont été blessés ou torturés par des trafiquants de drogue en 2025, en France ?

Ni le ministère de l’intérieur ni celui de la justice ne sont en mesure de répondre à cette question. « À ce jour, nous ne diffusons rien sur le détail des victimes de narcobanditisme, ces données n’étant pas du tout fiabilisées », a précisé à Mediapart le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).

Les jeunes pris dans les trafics ne sont appréhendés qu’à travers le prisme de la délinquance. Selon le ministère de l’intérieur, 10 568 mineurs étaient impliqués dans des affaires de stupéfiants en 2025. Pour comprendre l’ampleur de l’emprise sur les enfants dans les trafics de stupéfiants, Mediapart a interrogé celles et ceux qui tentent au quotidien d’extraire ces jeunes du narcobanditisme.

Toutes et tous constatent, depuis cinq à dix ans, un rajeunissement des mineurs recrutés par les réseaux. Si la moyenne d’âge tourne autour de 15-16 ans, le recours à des très jeunes, parfois âgés 10 ans, est de plus en plus fréquent. « Les grands » sont aujourd’hui âgés de 17 ans, relèvent plusieurs avocats de mineurs, consternés de devoir défendre des « enfants de 13 ans ».

Recrutés comme guetteurs, moyennant une rémunération d’environ 80 à 100 euros par jour, ces jeunes n’ont pas conscience des dangers, face à des réseaux qui leur offrent de l’argent immédiat, des consoles de jeu et des habits, mais aussi l’appartenance à un groupe et un sentiment d’exister. 

En juillet 2025, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Midelca) alertait elle aussi sur « l’implication de très jeunes mineurs », âgés de 10 ans, dans des affaires de trafic de stupéfiants et, plus particulièrement, dans des actes violents.

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La criminalité organisée a toujours recruté « parmi les plus fragiles », souligne un haut gradé de la police auprès de Mediapart, et « toutes les villes, grandes comme petites, sont touchées par les trafics de stupéfiants ». La nouveauté réside dans les outils : les moyens de communication actuels « permettent à ce sordide marché du travail de recruter un peu partout en France. C’est le cas par exemple des “jobbers”. On sort d’une logique potentiellement clanique de pied d’immeuble ».

Désormais, un mineur peut répondre à une annonce en ligne « pour tuer sans avoir jamais été référencé comme tel et peut avoir tout âge ». Ces jeunes recrues « pensent se faire de l’argent facile, mais sont vite exploitées et perdent toute leur liberté ». 

« Considérer les mineurs à travers le seul prisme de la délinquance a montré ses limites, déplore la vice-présidente chargée des fonctions de juge des enfants au tribunal de Marseille, Élodie Becu. Depuis mon arrivée, il y a quatre ans, trois mineurs que je suivais ont été tués. […] [Certains sont] tondus, forcés à des actes sexuels filmés. J’ai un gamin qui a été brûlé à l’acide au visage. »

Un mineur sur un point de deal est, selon Élodie Becu, « avant tout un mineur en danger. Il faut travailler sur ses fragilités, familiales, scolaires, notamment pour éviter qu’il soit pris dans l’emprise des réseaux ».

Ciblés parce que fragiles

La magistrate revient ainsi sur l’histoire d’Anouar*, tué par balle, à 16 ans, le 3 avril 2023, près d’un point de deal dans une cité du IIe arrondissement de Marseille. Après plusieurs condamnations en 2021 et 2022 pour transport, détention, offre ou cession et acquisition de stupéfiants, Anouar est passé à tabac. Sa famille l’éloigne alors de Marseille. « Il avait arrêté de participer au réseau et à son retour, au début de l’année 2023, s’apprêtait à reprendre une formation dans un lycée professionnel. » Jusqu’au drame.

Avant de tomber dans la délinquance, Anouar « aurait dû être protégé mais est passé sous les radars des institutions », déplore la juge. Élevé seul par sa mère, au RSA, il présentait dès 3 ans des difficultés de comportement et des troubles des apprentissages. À 7 ans, il apprenait que son père n’était pas son père biologique et, à 12 ans, que ce dernier vivait, depuis des années, juste à côté de chez lui. Sans accompagnement approprié, Anouar décroche progressivement de l’école.

Comme lui, beaucoup de mineurs pris par le narcobanditisme présentent des fragilités, vite identifiées, dans lesquelles s’engouffrent les réseaux. Les plus vulnérables sont les mineurs étrangers non accompagnés (MNA). « Il est avant tout question pour eux de survie et ils se retrouvent de plus en plus utilisés par les réseaux », observe Élodie Becu.

Mais au-delà de ces cas, la grande majorité des mineurs suivis, indique-t-elle, « ont grandi dans des familles monoparentales » et « certains ont été exposés à des violences intrafamiliales ». Ces enfants présentent « des troubles de l’attachement ou........

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