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Renaud Chenu : "L'État n'a pas perdu sa souveraineté mais les moyens de l'exercer"

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L'idée que les défis de la France ne pourront être relevés qu'au prix d'une réorganisation générale de nos institutions est un produit très français, qui n'a jamais vraiment quitté le rayon de nos librairies et revient, quoi qu'il arrive, à la mode tous les cinq ans. Dans un pays où le « tout ou rien » politique nourrit autant les radicalités que le sentiment d'impuissance collective, l'approche de la saison présidentielle est rarement propice à la nuance.

Deux notes se distinguent par leur approche clinique en cette rentrée : celle de Benjamin Morel pour l'Institut Terram et le Laboratoire de la République, et celle de Renaud Large pour la Fondation Jean-Jaurès. Ni l'une ni l'autre n'annonce, comme le veut la tradition du genre, qu'il faut « tout changer » ou « refonder le pacte républicain », formules qui reviennent, identiques ou presque, dans la moitié des essais publiés depuis vingt ans à pareille époque. Elles partagent au contraire l’idée que le pouvoir de l'État est intact ; seulement, il ne sait plus s’en servir.

Le sociologue britannique Michael Mann a proposé, dans « The Autonomous Power of the State » (1984), la distinction qui permet de lire les deux textes ensemble. Le pouvoir despotique d'un État est l'éventail de décisions que son élite peut prendre sans négociation routinière avec la société : la souveraineté nominale, l'autorité légale. Le pouvoir infrastructurel est tout autre chose : la capacité logistique de faire exécuter cette décision jusqu'au bout du territoire. Le premier peut rester intact pendant que le second s'effondre. C'est ce que racontent, chacun sur son terrain, Benjamin Morel et Renaud Large.

Chez Benjamin Morel, la République reste, sur le papier, une et indivisible ; aucune loi n'a........

© Marianne