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"Nous devons rendre à la France ses jours heureux"

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27.03.2026

Il y a quatre-vingt-deux ans, dans le secret et le danger, des hommes et des femmes venus de tous les horizons politiques, communistes et gaullistes, socialistes et démocrates-chrétiens, syndicalistes et républicains modérés, signaient clandestinement un texte d'une dizaine de pages qui allait changer le visage de la France. Intitulé « Les Jours Heureux », ce programme du Conseil national de la Résistance (CNR) fut adopté le 15 mars 1944. Alors que les bottes nazies foulaient encore le sol français, ces femmes et ces hommes avaient choisi de ne pas attendre la victoire pour dessiner la France de demain.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, alors que notre pays traverse une crise de régime profonde, que les extrêmes prospèrent sur les décombres d'une France à bout de souffle, il est urgent de se souvenir.

Un programme révolutionnaire

En 1943, la France est humiliée, occupée, divisée. Pourtant, le 27 mai, à l'initiative du général de Gaulle et sous la conduite héroïque de Jean Moulin, le CNR tient sa première réunion. Seize représentants y siègent, du Parti communiste à la Fédération républicaine de droite, des gens qui, en temps normal, se seraient combattus, et qui choisissaient, dans la France occupée, de se rassembler.

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De Gaulle, depuis Londres, avait fixé la mission avec clarté : « Il s'agit de savoir si nous saurons sortir du chaos par une rénovation susceptible de rendre à la patrie sa grandeur, et d'assurer à tous ses enfants la sécurité, la liberté, la dignité. » Jean Moulin, parachuté en France au péril de sa vie, réalisa cette union avant d'être arrêté, torturé et assassiné par la Gestapo en juin 1943, sans avoir vu le fruit de son œuvre.

Après des mois de négociations âpres, le programme fut adopté le 15 mars 1944. Son contenu était, pour l'époque, révolutionnaire : nationalisation des grands secteurs économiques, instauration d'une sécurité sociale universelle gérée par les travailleurs, droit à la retraite, renforcement des droits syndicaux, liberté de la presse arrachée aux puissances d'argent, démocratie politique et économique contre les oligarchies.

« Conservateur par ses silences »

Il faut cependant être honnête : ce programme n'était pas sans limites. L'historienne Claire Andrieu le rappelle bien, ses réformes sociales se retrouvaient dans les programmes travaillistes de toute l'Europe d'après-guerre, et le texte est « conservateur par ses silences » : le droit de vote des femmes n'y figure pas par exemple. Mais ces limites ne diminuent pas la portée historique de l'événement : pour la première fois, des ennemis politiques de toujours avaient choisi le destin commun de la nation plutôt que leurs querelles partisanes.

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Frappant paradoxe : ce programme fut rapidement relégué aux oubliettes. Avec la guerre froide et la bipolarisation de la vie politique, le symbole d'une union transcendant le clivage Est-Ouest dérangea autant la gauche que la droite, qui lui préféraient leurs certitudes idéologiques.

Ce n'est qu'avec la montée du néolibéralisme et le démantèlement progressif de l'État social que « les Jours Heureux » refirent surface comme contre-modèle et boussole.

L'heure d'un nouveau Conseil national

La France de 2026 ressemble, par certains aspects troublants, à la France de 1943, non pas dans l'horreur de l'Occupation, mais dans la désorientation profonde d'un peuple qui a perdu confiance en ses élites et en ses institutions. La Ve République est épuisée, l'Assemblée fragmentée, les partis traditionnels discrédités, les extrêmes en embuscade.

Face à ce tableau, le mouvement politique République Souveraine avance une conviction simple, puisée dans l'héritage du CNR : la solution ne viendra pas d'un camp, mais de la France entière. Ce que nous proposons, c'est un néo-CNR pour 2027, non une copie servile d'une institution née dans des circonstances tragiques, mais une inspiration renouvelée : mettre autour d'une même table des femmes et des hommes qui ne se ressemblent pas, mais qui partagent un même amour de la France et la conviction que l'intérêt national prime sur les intérêts partisans.

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Ce projet repose sur deux jambes complémentaires. La première : le social, porté par une gauche républicaine, et patriote, à savoir, défendre et moderniser la sécurité sociale, les retraites, les services publics, l'école, l'hôpital. La seconde : le régalien, porté par une droite gaulliste, souveraineté, maîtrise des frontières, sécurité, autorité de l'État. Ces deux jambes ne s'opposent pas, elles se complètent au contraire. Le CNR de 1944 l'avait démontré, on peut vouloir la justice sociale et un État fort, nationaliser les banques et rétablir l'ordre républicain. Il n'y a pas là de contradiction, mais la cohérence d'un projet national complet.

La fraternité nationale comme seule boussole

De Gaulle écrivait au CNR : « Le Conseil s'acquittera de sa mission en s'inspirant constamment de cette fraternité nationale qui seule permet à la nation de résister à ses malheurs. » La fraternité nationale, non pas celle de ceux qui pensent pareil, du côté du « cercle de la raison », ou de « l’arc républicain » mais celle de ceux qui, malgré leurs différences, reconnaissent dans l'autre un compatriote, un membre de la même aventure collective.

Les membres du CNR ne s'aimaient pas tous. Certains se méfiaient profondément les uns des autres. Et pourtant, ils ont signé le même texte, sous la même bannière, au péril de leur vie. Si eux ont pu le faire dans les caves de Paris occupé, pourquoi nous, en 2026, dans la paix et la liberté, ne le pourrions-nous pas ?

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Le titre du programme était une promesse : les jours heureux. Pas les jours meilleurs, formule prudente et relative. Juste les jours heureux. Un absolu, une ambition, une certitude que la France pouvait être heureuse pour tous ses enfants, sans exception. Cette promesse n'a pas été tenue entièrement. Mais elle reste ouverte, comme une lettre non décachetée, attendant que la France décide enfin de l'honorer pleinement.

En portant la mémoire des Jours Heureux, République Souveraine affirme que la ligne tracée en 1944, union nationale, souveraineté populaire, justice sociale, sécurité pour tous, n'est pas une relique du passé, mais une boussole pour l'avenir.

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Et nous appelons tous ceux qui, à gauche ou à droite, partagent l'amour de la France et le sens de l'intérêt général, à rejoindre ce projet. Nous devons mettre nos convictions, et y compris nos différences, au service d'un même dessein, reconstruire notre pays, et rendre à la France ses jours heureux.


© Marianne