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Attention aux effets de la «doctrine Donroe» sur le Canada!

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13.02.2026

EXPERT INVITÉ. L’évolution récente de la politique étrangère américaine, souvent appelée « doctrine Donroe », ne prend pas la forme d’une grande stratégie cohérente.

🎧 Bourse: de la doctrine Monroe à la doctrine «Donroe»

La doctrine « Donroe » entraînera des conséquences sur le Canada

Elle se manifeste plutôt comme un ensemble d’actions pragmatiques et parfois abruptes de la part de la Maison Blanche, centrées sur la sécurité, le commerce et l’influence régionale. Pour le Canada, pays profondément intégré à l’économie américaine, ce virage comporte des risques structurels qui méritent une attention soutenue.

Cela dit, des contraintes structurelles évidentes limitent la portée de toute doctrine moderne. Dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, les pays d’Amérique latine sont profondément intégrés dans des réseaux commerciaux, des chaînes d’approvisionnement et des flux de capitaux qui s’étendent bien au-delà de l’hémisphère occidental.

La Chine est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux d’une grande partie de la région, les investisseurs européens sont implantés dans des secteurs allant de l’énergie aux transports, et les partenariats technologiques s’étendent de plus en plus à tous les continents.

Dans l’environnement actuel, l’ancien principe consistant à écarter les puissances extérieures de l’hémisphère est difficile à appliquer. L’interdépendance économique fait contrepoids au contrôle géopolitique.

Les réalités diplomatiques vont dans le même sens. La plupart des pays des Amériques entretiennent désormais des relations diversifiées avec de multiples acteurs mondiaux, de Beijing à Bruxelles en passant par les institutions multilatérales. Cette diplomatie multipolaire rend l’influence unilatérale des États-Unis beaucoup moins évidente qu’au 20e siècle. Washington peut toujours influencer les résultats, mais il doit le faire aux côtés d’autres acteurs majeurs qui ont établi une présence politique et économique légitime dans la région.

Composer avec un voisin imprévisible

Le Canada a toujours été dans une position singulière face aux doctrines américaines : jamais considéré comme une zone d’intervention, mais plutôt comme un partenaire essentiel. Cependant, l’approche Donroe ravive certaines inquiétudes historiques.

Les épisodes récents de tensions commerciales, qu’il s’agisse de l’acier, de l’aluminium ou du secteur automobile, illustrent comment un pivot politique des États-Unis peut se transformer en choc économique pour le Canada. Dans ce contexte, Ottawa doit dorénavant composer avec un environnement où l’alignement géographique et économique n’offre plus toujours la protection qu’il procurait autrefois.

Cette incertitude pousse le Canada à miser plus clairement sur la diversification commerciale et sur la protection de ses secteurs stratégiques. Nous voyons incidemment d’un bon œil le réchauffement de la relation entre le Canada et la Chine, quoique cette avenue comporte bien entendu, elle aussi, plusieurs pièges à éviter. Mais ultimement, pour s’assurer un minimum de sécurité économique à long-terme, le Canada n’a d’autres options que de travailler activement à réduire sa vulnérabilité excessive face à un voisin devenu imprévisible.

Des incidences concrètes sur l’économie canadienne

Le recentrage américain sur l’hémisphère occidental implique également un recul relatif vis‑à‑vis de l’Europe et de l’OTAN. La rhétorique entourant le partage du fardeau de la défense s’est rapidement transformée en remise en question de la valeur même de l’alliance, qui a façonné le monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans un scénario difficile, mais désormais envisageable, l’OTAN pourrait perdre une partie de sa cohésion, voire être marginalisée.

Pour un pays comme le Canada, qui est à la fois nord‑américain et atlantique, cette évolution exigera une diplomatie plus active auprès des États‑Unis et de ses partenaires européens, mais surtout une hausse des dépenses de défense et une révision de sa stratégie dans l’Arctique. Tout ceci coûtera assurément cher aux contribuables canadiens, qui doivent maintenant se conditionner à une hausse de l’endettement du gouvernement pendant que le pivot vers une économie plus diversifiée et résiliente s’opère.

Le Canada pourrait néanmoins tirer parti de certaines tendances structurantes. La sécurisation des approvisionnements énergétiques, alimentaires et miniers est devenue un thème majeur dans plusieurs pays développés. Dans ce contexte, le Canada bénéficie de nombreux atouts, tels une production stable de pétrole, de gaz, d’uranium et de métaux stratégiques, des institutions fiables et une infrastructure énergétique et logistique sécurisée.

Voisin plus imprévisible

La doctrine Donroe marque un retour à une politique américaine centrée sur son hémisphère, mais sans vision directrice claire. Pour le Canada, cela signifie un voisin plus imprévisible, un ordre international moins stable et une nécessité accrue de résilience dans ses politiques publiques.

Dans un contexte plus fragmenté, le Canada peut toutefois renforcer sa position en misant sur ce qu’il offre de mieux : une offre de ressources naturelles fiable, des institutions solides et une capacité à s’adapter. La clé sera de préserver l’équilibre entre la coopération inévitable avec les États‑Unis et une défense plus affirmée de ses intérêts stratégiques nationaux.


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