Devenir propriétaires plutôt que locataires de technologies
EXPERT INVITÉ. Le discours du premier ministre Mark Carney à Davos met les bons mots sur l’urgence de la souveraineté technologique.
Nos gouvernements en parlent de plus en plus. Pourtant, un paradoxe persiste. En technologie, les achats publics continuent massivement d’aller vers l’étranger.
Les récentes annonces d’investissements de géants technologiques dans des centres de données québécois constituent une bonne nouvelle. Notre électricité propre et abordable, jumelée à notre climat favorable au refroidissement des serveurs, nous confère un avantage naturel. De même, quand une multinationale ouvre un bureau à Montréal ou Toronto, on se réjouit. «Création d’emplois!» titre-t-on fièrement.
Mais analysons davantage ce que nous créons vraiment. Ces infrastructures et bureaux génèrent essentiellement trois types d’emplois:
Ces emplois sont certes nécessaires, mais qu’en est-il des emplois stratégiques au coeur des innovations? La R&D, la conception produit, le design de systèmes, la propriété intellectuelle reste ailleurs. À Seattle. À San Francisco. À Tel-Aviv.
Héberger les serveurs d’autrui et opérer leurs plateformes font-ils de nous des acteurs stratégiques ou essentiellement des fournisseurs d’immobilier, d’énergie et de services? Si les centres de décision et la conception des technologies demeurent ailleurs, nous restons dans un rôle de locataire, un locataire bien payé, mais locataire quand même.
Pour comprendre l’ampleur du problème, un chiffre suffit: Amazon investit à elle seule presque trois fois plus en R&D que l’ensemble du secteur privé canadien. Résultat? Nous payons des licences sur des technologies que nous n’avons pas développées. Nous sommes le commis, jamais le propriétaire du dépanneur.
À Davos, le premier ministre Carney a nommé clairement le problème: dans un monde où l’intégration économique est devenue une arme, le Canada doit retrouver son autonomie stratégique. La dépendance aux Américains traverse tous les secteurs stratégiques: technologie, énergie, données et chaînes d’approvisionnement. Ce n’est plus une crainte abstraite, c’est un risque clairement identifié.
Le bon diagnostic arrive enfin. Mais il arrive très tard. Nous engageons cette course avec un retard considérable qu’il faudra combler à vitesse grand V si nous voulons espérer une autonomie à moyen terme. Pendant qu’on multiplie les annonces, les contrats gouvernementaux continuent massivement d’aller vers des géants étrangers.
Les chiffres ne mentent pas. Le Canada est devenu un exportateur net de capital. Les entreprises et investisseurs canadiens ont accumulé près de 1000 milliards de dollars de plus en investissements directs à l’étranger que les investisseurs étrangers n’en ont accumulé ici. Notre capital sert davantage à développer des........
