Le sens du sacrifice
La notion de sacrifice me renvoie d’abord aux images religieuses auxquelles j’ai été exposée enfant. Celles, protestantes, du côté de mon père. Et celles, catholiques, du côté de ma mère. Ma grand-mère paternelle, hostile à ma mère, cherchait souvent à me faire comprendre que le catholicisme relevait presque du paganisme. Le protestantisme, lui, était plus sobre, plus «avancé». Il ne mettait pas en scène de manière aussi sanguinolente et répétitive le sacrifice du Christ: ces clous dans les mains et les pieds, ces épines et ces ronces lacérant son corps. Avait-on idée d’adorer de telles représentations? Je sentais bien que derrière ces critiques, elle cherchait surtout à dénigrer les origines de ma mère, et cela m’irritait.
Je ne sais pas si c’est par loyauté envers ma mère ou par goût réel, mais les représentations catholiques m’ont toujours paru infiniment plus belles. J’aimais l’église du village de ma mère, blanche et immense, qui semblait converser........
