Abolir les prisons
En 2018, le canton de Vaud organisa des «Assises de la chaîne pénale». A cette occasion, tout ce que le canton comptait d’autorités judiciaires et pénitentiaires, et quelques invité·es étranger·ères, investirent en masse la salle du Grand Conseil. Alors que les interventions de la matinée étaient restées conformes à ce qui était attendu, le discours d’Annie Devos, directrice de la Fédération des maisons de justice à Bruxelles, prit un ton plus critique et se termina par ces mots: «Construire une prison pour enrayer la délinquance, c’est comme construire un cimetière pour enrayer la pandémie»… Pourtant, dans la salle, personne ne broncha. Du coup, le modérateur se tourna vers le procureur général avec cette question: «Seriez-vous prêt à requérir moins d’incarcérations pour réduire la surpopulation carcérale?». « Il faudrait demander aux délinquants s’ils envisagent de commettre moins de délits», rétorqua l’interpellé. Depuis lors, rien ne bouge, mais on prévoit de nouvelles assises.
En fait, le système pénal semble bloqué par divers avatars, précisément parce que c’est un système, une chaîne: trop gros, trop compliqué, trop dispersé. Pour avoir passé huit ans dans la commission des affaires juridiques du Conseil national à travailler à la révision du Code pénal, j’ai compris, en scrutant son application, qu’il........
