Fonds climat: une entorse inutile au frein à l’endettement
Créez-vous un compte gratuitement et retrouvez les contenus que vous avez sauvegardés.
Déjà un compte ? Se connecter
Il existe en Suisse des vaches sacrées auxquelles il est très difficile de s’attaquer. Le frein à l’endettement en fait partie. Il impose à la Confédération de faire, bon an, mal an, avec l’argent qu’elle a à disposition. Une gestion saine, pour éviter de créer des dettes sur le dos des générations futures. Ce système, approuvé par le peuple en 2001, est l’un des piliers du pays, symbole de la responsabilité et du bon sens helvétiques dans la gestion des deniers publics. Si toutefois quelques courageux, en l’occurrence Les Vert·e·s et le PS, décident de le remettre en question (et pourquoi pas, après tout), cela nécessite une justification solide. Or c’est précisément ce qui manque à l’initiative sur le fonds climat, soumise au vote le 8 mars.
Elle demande à la Confédération de créer un fonds et de l’alimenter par un versement annuel de 0,5 à 1% du PIB, jusqu’en 2050. Coût estimé: entre 3,9 et 7,8 milliards de francs par an. Une manne qui doit servir, entre autres, à construire davantage de panneaux solaires ou à accélérer les rénovations de bâtiments. Non soumise au frein à l’endettement, donc. Une «enveloppe bonus» en quelque sorte, dont on ne dit pas qui la gérera ni quels seront les critères pour y piocher. Mais surtout, dont le motif fait défaut.
Créez-vous un compte gratuitement et retrouvez les contenus que vous avez sauvegardés.
Déjà un compte ? Se connecter
Pour les partisans de ce fonds, l’urgence climatique légitime à elle seule de déroger à la règle, arguant que la Suisse n’en fait pas suffisamment. Mais s’il est vrai que le pays figure parmi les régions particulièrement touchées par le réchauffement, dire que la Confédération ne fait rien relève au mieux de la mauvaise foi. Ces dernières années, elle a adopté ou renforcé plusieurs instruments majeurs, dont le contre-projet à la loi sur le CO2, celui à l’initiative pour les glaciers ou encore la loi sur l’approvisionnement énergétique. Côté budget, elle consacre 3,4 milliards de francs par an au climat, à l’environnement et à la biodiversité.
L’entorse à la discipline budgétaire n’est ni nécessaire ni la solution. Au nom de quoi, d’ailleurs? Pourquoi cette crise plutôt qu’une autre? En ces temps perturbés, la situation sécuritaire ne mérite-t-elle pas également une enveloppe spéciale pour l’armée et le renseignement? Ou encore la formation et l’innovation, deux piliers de la prospérité du pays? Sans parler de la santé et de ses coûts. A ce jeu-là, la liste des envies peut s’avérer très longue.
S’il faut remettre le frein à l’endettement en question, alors faisons-le franchement, et pas au détour d’une votation thématique. Quant au défi du changement climatique, ses implications environnementales et économiques sont telles qu’elles requièrent des solutions un peu plus inventives et structurelles qu’un simple arrosage de subventions supplémentaires.
Créez-vous un compte gratuitement et retrouvez les contenus que vous avez sauvegardés.
Déjà un compte ? Se connecter
