Suisse-Russie: retour à la Guerre froide
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Début février, Ignazio Cassis était reçu à Moscou par Sergueï Lavrov. Dix jours plus tard, les Russes étaient à Genève pour des pourparlers sur l’Ukraine. La semaine prochaine, la Suisse est invitée à célébrer le 80e anniversaire des relations diplomatiques avec l’URSS. Sergueï Garmonine, l’ambassadeur russe à Berne, déclare aujourd’hui que la Suisse est somme toute plus «modérée» que ses voisins. Elle redevient fréquentable. Selon ce diplomate, même les sanctions, reprises par la Suisse, ne seraient plus aussi problématiques, puisqu’elles n’auraient aucun impact… Décidément, le ton a changé.
On dira que c’est le président de l’OSCE qui était invité à Moscou, et non le ministre suisse. Mais il était flanqué de Gabriel Lüchinger, sherpa suisse du sommet du Bürgenstock et de son suivi pour Berne. Et Ignazio Cassis a lui-même souligné le lien entre Moscou et Genève. Comment expliquer ce revirement? Il y a les gestes suisses: disponibilité au dialogue, prise de risque en prenant le chemin de la Russie, délivrance de visas pour les émissaires russes. Comme en 2014, Berne profite de sa présidence de l’organisation basée à Vienne pour se profiler dans la diplomatie mondiale. Mais, sur le fond, sa position n’a pas changé.
Il faut donc se tourner du côté russe. Ce recalibrage est-il le symptôme d’un phénomène plus large qui attesterait d’un affaiblissement de la Russie, ou à l’inverse d’une nouvelle assurance après quatre ans de guerre totale contre son voisin ukrainien? Difficile de trancher. Ce qui est sûr, par contre, c’est que si Moscou considère toujours la Suisse comme un pays «hostile» et «non neutre», ce n’est plus un obstacle pour recourir à ses bons offices. Sergueï Garmonine, comme l’entourage d'Ignazio Cassis, semble considérer qu’on est revenu à une situation comparable à celle de la Guerre froide. La Russie admet que la Suisse est dans un camp. N’étant pas membre de l’OTAN, elle peut toutefois offrir des gages d’indépendance. Elle invite mais ne participe pas aux négociations.
Si cela permet à Berne de retrouver un rôle privilégié comme lieu de rencontre diplomatique, c’est une excellente nouvelle. Le risque est celui d’une instrumentalisation de ses services par Poutine pour maintenir l’illusion d’une recherche de paix dont il ne veut, à l’évidence, tout simplement pas: les Ukrainiens sont bombardés quotidiennement. Cela ne doit pas empêcher de s’y préparer. En restant clair sur le camp dans lequel on s’inscrit: celui d’une paix juste et durable, fondée sur le droit, dans laquelle le statut de l’agresseur et de l’agressé doit être chaque jour rappelé.
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