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A Téhéran, les trois petits tours fructueux de Benyamin Netanyahou à quelques mois des élections israéliennes

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05.03.2026

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Ce moment, voilà trente-quatre ans qu’il l’attendait. Depuis 1992, le premier ministre israélien répète que le programme nucléaire et le régime iraniens mettent le monde en danger. En Israël, personne n’a oublié le croquis de bombe qu’il brandissait à la tribune du Conseil de sécurité des Nations unies en 2012. D’autant que le pouvoir iranien n’a effectivement pas cessé de menacer l’Etat hébreu. Par le verbe, en appelant à l’effacer de la carte. Mais aussi par ses actes, et ceux de ses alliés – le Hezbollah et les houthis. Rappelons aussi que pour Israël, c’est l’Iran qui se cache derrière le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas.

Voici donc Benyamin Netanyahou en force à quelques mois des législatives fin octobre, les premières depuis 2022. La conviction que le régime iranien représentait une menace existentielle est en effet un des (rarissimes) sujets qui font consensus en Israël. Et les hasards du calendrier (biblique) enchanteront ses électeurs croyants. Ali Khamenei a été tué juste avant la fête de Pourim, qui célèbre le sauvetage des Hébreux menacés d’extermination par… l’Empire perse.

Le premier ministre aura aussi démontré aux Israéliens qu’il est capable de pousser Donald Trump à l’offensive, alors que ce dernier joue sa popularité auprès des Américains et qu’il avait refusé d’entrer en guerre contre l’Iran lors de son premier mandat. L’alliance entre la puissance de feu américaine et celle du renseignement israélien augmente encore la capacité de dissuasion d’Israël face à ses ennemis. Bien avant que les bombes ne tombent, «nous connaissions Téhéran comme nous connaissons Jérusalem», affirmait un responsable du renseignement israélienau Financial Times. L’attaque aura de fait été pensée dans les moindres détails.

Enfin, pour Benyamin Netanyahou, il s’agit d’une victoire d’ordre quasi philosophique. Bien que ce soit la première fois qu’Israël assassine un chef d’Etat en exercice, le fait qu’il s’agisse de celui d’un régime odieux qui massacre sa population a refroidi les condamnations internationales, si ardentes en ce qui concerne les actes d’Israël à Gaza. Les Européens se taisent, se montrent désorganisés ou approuvent. Parce qu’ils ne veulent pas s’aliéner les Etats-Unis dont ils ont besoin pour défendre l’Ukraine. Parce qu’ils estiment que le régime iranien doit disparaître. Ou parce qu’ils ne parviennent pas, là non plus, à parler d’une seule voix.

Ils acceptent ainsi, lorsqu’ils ne l’approuvent pas, la norme guerrière des Israéliens et des Américains qui attaquent sans prévenir, kidnappent voire tuent des responsables politiques, puis s’en vont. Malgré leurs victoires éclair, il faudra pourtant plus que trois petits tours pour refaçonner le Moyen-Orient.

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