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« Les prochaines élections britanniques seront un second référendum sur l’UE »

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03.06.2026

Le 22 mai, Le Point consacrait sa une au piteux bilan du Brexit, dix ans après le référendum décidé par le Premier ministre de l’époque, David Cameron. Le débat sur l’opportunité d’un « Breturn », un retour du Royaume-Uni au sein de l’Union, divise les travaillistes qui aspirent à succéder au locataire de 10, Downing Street, Keir Starmer, fragilisé par les résultats calamiteux du Labour aux dernières élections locales.

Pour Ben Judah, essayiste, journaliste et ancien conseiller (2024-2026) de David Lammy, ministre des Affaires étrangères puis vice-Premier ministre et chargé de la Justice, le royaume aurait tout à gagner à réintégrer l’UE. Très en verve sur X, où il compte 75 000 abonnés, l’auteur de This is Europe. The Way We Live Now (Picador, 2023, non traduit) appelle la gauche à renoncer aux faux-semblants dans un monde bouleversé depuis 2016.

Le Point : Depuis le Brexit, le Royaume-Uni connaît une grande instabilité politique. Est-il devenu ingouvernable ?

Ben Judah : Depuis le Brexit, l’élite politique britannique s’est révélée incapable de résoudre le problème qu’elle a elle-même créé. Il en résulte un cercle vicieux de croissance ralentie, de hausse des impôts et de contrôle insuffisant de l’immigration – autant de facteurs qui exaspèrent l’électorat et déstabilisent la vie politique. Historiquement, lorsqu’une élite est incapable de résoudre ses problèmes, s’installe souvent une frénésie de rébellion : les dirigeants se succèdent, chacun est convaincu d’apporter la solution, chacun échouant à tour de rôle. Ce schéma, on le retrouve dans le passé lointain – c’est ce qui rend si incompréhensibles certains chapitres du Bas-Empire romain, où les empereurs se succèdent à un rythme vertigineux. On l’a également connu en France.

À bien des égards, la situation du Royaume-Uni depuis le Brexit rappelle la IVe République : ces années d’agonie où le pays était devenu ingouvernable et avait perdu le fil de son histoire. Il nous faut sortir de ce cycle de dépression et de déclin, ce qui exige d’être honnête au sujet de nos problèmes.

De 2024 à 2026, vous avez été le conseiller de David Lammy, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Keir Starmer. Qu’avez-vous retenu de l’exercice du pouvoir ?

La première fois que j’ai mis les pieds à la Maison-Blanche en tant que conseiller politique travailliste – nous étions encore dans l’opposition, au printemps 2024 –, pour rencontrer Jake Sullivan, alors tout-puissant conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, j’étais atlantiste. Lors de ma dernière visite à l’aile Ouest, en janvier, où j’accompagnais David Lammy pour voir J.D. Vance, j’étais devenu un gaulliste britannique. Dans l’intervalle, il y avait eu les interventions incessantes de Donald Trump dans notre vie politique, les volte-face sur l’Ukraine, les frappes américaines surprises contre l’Iran et la prise de conscience que notre allié le plus proche, superpuissance autour de laquelle nous avions bâti toute notre sécurité, était devenu instable, émotif et imprévisible.

Ce que j’ai vu de près, c’est que la « relation spéciale » [avec les États-Unis] n’existe pas vraiment.

Ce que j’ai vu de près, c’est que la « relation spéciale » [avec les États-Unis] n’existe pas vraiment.

Rien ne m’a plus exaspéré, lors de mon passage au ministère des Affaires étrangères, que de voir des pans entiers de notre appareil de sécurité nationale attendre passivement des signaux de Washington pour savoir quoi penser. Je posais souvent la question aux fonctionnaires : ne pouvons-nous pas être un peu plus français ?

Car ce que j’ai vu de près, c’est que la « relation spéciale », telle que la comprennent la plupart des Britanniques – celle où l’Amérique nous réserve un traitement de faveur –, n’existe pas vraiment. Ce que nous avons en réalité, c’est........

© Le Point