« Une partie de la jeunesse, notamment la plus privilégiée, accepte le registre trash de Mélenchon »
Il ne fait aucun doute que la jeunesse diplômée vivant en ville et issue d’un milieu favorisé votera pour Jean-Luc Mélenchon en 2027, candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle. Dans notre récente enquête, nous mettons en évidence une corrélation entre déclassement et vote radical. Pour compléter le portrait du jeune électeur bourgeois pro-LFI, nous avons interrogé Anne Muxel, sociologue et politiste, directrice de recherche au Cevipof, le centre de recherche de Sciences Po. Elle décrypte les ressorts idéologiques, générationnels et parfois identitaires de ce vote, entre séduction pour le discours de leader, frustration face à un système économique verrouillé, et écarts subtils avec l’héritage politique familial.
Le Point : Qu’est-ce qui motive une partie de la jeunesse diplômée et favorisée à voter pour Jean-Luc Mélenchon ?
Anne Muxel : Cette jeunesse, que je connais bien pour avoir publié en 2022 une enquête sur les attitudes sociopolitiques des étudiants de Sciences Po (avec Martial Foucault), reconnaît en Jean-Luc Mélenchon une gauche radicale et interventionniste, qui répond à nombre de leurs préoccupations, notamment environnementales. Sur cette question, Mélenchon a toujours été force de proposition : lui et son parti ont su construire une offre politique séduisante pour la jeunesse étudiante favorisée. C’est déjà un premier atout.
Par ailleurs, les questions humanitaires et les inégalités sociales ont toujours constitué une préoccupation majeure pour ces jeunes. Les étudiants de Sciences Po que j’ai en tête sont, par exemple, majoritairement à gauche, mais c’est une gauche qui, pour eux, doit aujourd’hui être beaucoup plus interventionniste que la gauche socialiste dans le champ social et politique, et beaucoup plus protestataire aussi. Cette culture protestataire a gagné du terrain chez les étudiants par rapport au passé, et Jean-Luc Mélenchon sait l’incarner.
Enfin, il y a un troisième élément, sans doute le plus déterminant : la capacité à articuler des combats que d’autres forces politiques mènent séparément. Les écologistes travaillent les questions environnementales, d’autres partis de gauche portent les questions d’inégalités ou les enjeux humanitaires. LFI rassemble le tout.
Et sur la forme, qu’est-ce qui leur plaît ?
Mélenchon incarne aussi un personnage, une personnalité au charisme certain, avec une vraie puissance de discours et une force de conviction qui font sa marque. Il ne se revendique pas lui-même « populiste », mais les ressorts de son leadership le sont clairement : il se pose en chef, en capitaine de navigation, et sa maîtrise du verbe impressionne. Il a surtout su s’adresser très habilement aux jeunes, en étant présent très tôt sur les réseaux sociaux, sur YouTube, faisant un usage à la fois sophistiqué et performant des nouvelles........
