François Schuiten : « La rigueur et la sincérité qu’exige le dessin mènent, pour moi, au spirituel »
Vrai baron et authentique bruxellois, François Schuiten est une star de la bande dessinée. Le dessinateur a été rendu célèbre par ses grandes séries fantastiques Les Terres creuses et surtout Les Cités obscures (réalisé avec son ami d’enfance, le scénariste Benoît Peeters) – œuvre qui ressort en intégralité chez Casterman, dont Le retour du capitaine Nemo. L’homme a aussi illustré récemment le livre à succès de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs (Gallimard).
Mais cet artiste éclectique et d’abord (très) sympathique est bien plus que cela. Il scénographie des opéras, il réalise de grandes sculptures urbaines – à Bruxelles et à Amiens, en particulier – et il a même carrossé de cuivre la station de métro Arts et Métiers à Paris ! Depuis tout petit, François Schuiten baigne dans l’art urbain et aussi… la spiritualité, grâce à son père Robert Schuiten, grand architecte bruxellois des années 50-60, comme il le confie ici, avec grâce et jubilation.
Le Point : Vous semblez cultiver un imaginaire irrigué par de multiples influences. Le spirituel nourrit-il votre œuvre ?
François Schuiten : Il faut d’abord partir des origines. J’ai reçu une éducation dans un contexte catholique belge assez classique, avec, en plus, un père architecte et peintre qui avait une dimension un peu mystique liée à ses convictions religieuses personnelles. J’ai fréquenté des écoles catholiques et suivi le cursus habituel des enfants belges de cette époque. Né en 1956, j’ai traversé les années 60 avec une certaine distance : mes frères et sœurs aînés étaient déjà inscrits dans l’air du temps et les révolutions sociales de l’époque. J’ai donc grandi entre l’influence parentale tournée vers le catholicisme et celle de mes frères et sœurs qui basculaient ailleurs.
Que reste-t-il de tout cela ? Une impression complexe. Certainement des valeurs et une fascination pour les lieux. Ma famille m’emmenait énormément visiter des cathédrales, des églises et des musées. Ce sont des lieux extraordinairement puissants qui vous ramènent forcément à une dimension spirituelle. La mise en scène y est si remarquable que l’on s’interroge forcément sur l’esprit qui a permis l’édification de tels chefs-d’œuvre. Quand je regarde l’œuvre de........
