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À Mers el-Kébir, la France laisse dormir ses fantômes

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16.07.2026

Le 24 décembre 1942, l’amiral Darlan se rend au palais d’Été à Alger, siège du Haut-Commissariat en Afrique française. Un jeune homme, Fernand Bonnier de la Chapelle, lui tire dessus : trois balles, mortelles, et le chef de la marine française, paralysée entre l’appel aux armes et la collaboration voulue par Vichy, ne survivra pas. Dans le film La Bataille de Gaulle, Mathieu Kassovitz incarne Darlan et joue cette scène oubliée. Et ensuite ? En avril 1964, le corps de Darlan est transporté à Oran et enterré au cimetière marin de Mers el-Kébir, parmi « ses » soldats sacrifiés.

J’ai visité sa tombe il y a quelques années, en été, sous le ciel si neuf du village. Elle se cachait derrière la plus haute colline, dans un creux d’arbres formant ombrage. En contrebas, on distinguait encore, entre les murs des maisons mal entretenues, la Méditerranée et les vagues qui la renouvellent sans cesse. Le village côtier apparaît vieux, décati, une sorte de Naples miniature, les pieds dans l’eau, qui grimpe les pentes des anciennes villas luxueuses des pieds-noirs.

L’endroit, autrefois balnéaire, n’est plus très touristique : les étrangers se font rares en Algérie, et la corniche oranaise, cette côte de falaises époustouflante de beauté, est quasi exclusivement militaire. Les plus belles baies et plages appartiennent à l’armée. Mers el-Kébir survit ainsi entre une mer ceinte de barbelés et de miradors,........

© Le Point