Bruno Le Maire : homme libre ou candidat masqué ?
Bruno Le Maire est bel et bien de retour. Deux ans après son départ du gouvernement, l’ancien ministre de l’Économie, qui a occupé le poste pendant plus de sept ans, a publié un texte d’une soixantaine de pages, L’An I : manifeste pour une autre France. Cette réapparition dans le débat public, au-delà des questions de calendrier politique – La France insoumise tenait le même jour ses universités d’été et Raphaël Glucksmann officialisait sa candidature à la présidentielle de 2027 –, est pour le moins surprenante.
Aux yeux des oppositions, parfois même au sein du bloc central et surtout dans l’opinion publique, l’ex-patron de Bercy apparaît plus discrédité que jamais. Il est perçu comme l’homme des « 1 000 milliards de dette publique supplémentaire » – aujourd’hui portés à 1 300 milliards – même si la responsabilité est partagée avec Emmanuel Macron, en tant que chef de l’État et garant de la trajectoire budgétaire, et ses Premiers ministres successifs.
En dépit de ce contexte, il est tout de même intéressant d’écouter ce que Bruno Le Maire a à nous dire. Après avoir incarné la politique économique des dernières années, il revient en dénoncer les impasses. C’est une raison de le contester, mais aussi de lui prêter une oreille attentive. Cet énarque, également ministre sous Nicolas Sarkozy, connaît les rouages de l’État et apparaît bien placé pour en critiquer les blocages. Sa position d’« homme libre », comme il la revendique au début de son manifeste, le libère enfin du carcan des calculs politiques, même s’il semble nourrir des ambitions présidentielles.
Entrons dans le vif du sujet. C’est dans son diagnostic que l’auteur justifie le mieux la lecture de son manifeste. Dès l’introduction, il pose un constat sévère de l’état du pays. « L’ombre d’une révolution pèse sur nos têtes », nous prévient-il, avant d’adopter un registre plus dramatique : « L’État se meurt, l’État est mort. » Les raisons qui le poussent à ce constat pessimiste sont au moins de deux ordres. Le premier est économique. Selon lui, la France paie........
