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Comment reconnaître un (vrai) fasciste ?

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08.07.2026

Le 11 mai, plus de 600 professionnels du cinéma français signaient dans Libération une tribune alarmiste. L’industrie du 7e art, écrivent-ils, serait sous la menace d’une « prise de contrôle fasciste de l’imaginaire collectif ». La cause ? Vincent Bolloré, premier financeur du cinéma français via Canal , qu’il possède. Le milliardaire breton, par ses positions assimilées à la droite de la droite, serait donc, selon cette tribune, en train de prendre le même chemin que Benito Mussolini, chef de file des Fasci italiani di combattimento (« Faisceaux italiens de combat »), le mouvement politique qui sema la terreur en Italie dans les années 1930 et 1940, et d’où vient le mot « fascisme ».

Bolloré en héritier de Mussolini ? Le langage politique français regorge pourtant d’étiquettes bien plus ajustées. L’homme de droite, conservateur, chrétien ardent, eût pu se voir affubler de bien des noms d’oiseaux. Le concept d’extrême droite, au moins, eût été défendable.

Mais comme le note l’historien spécialiste de la contre-révolution à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine Baptiste Roger-Lacan, « le discours de Bolloré relève plutôt d’une tradition contre-révolutionnaire qui a notamment été perpétuée au XIXe siècle par le catholicisme intransigeant et traditionaliste, mais qui, tout autoritaire qu’il soit, me paraît néanmoins éloigné des fascismes tel qu’on l’entendait dans les années 1920-1930 ».

L’extrême droite n’est pas (toujours) fasciste

C’est pourtant « fasciste », ou « facho », qui revient obstinément. Le philosophe Lucien Jaume publie justement une passionnante plongée dans cette pensée (La Vraie Nature du fascisme italien, Tallandier), l’occasion de remettre les points sur les i et de régler le problème qu’Orwell diagnostiquait il y a quatre-vingts ans : « Le mot fascisme n’a plus de sens, si ce n’est quelque chose d’indésirable. »

En premier lieu, c’est donc l’occasion de rappeler que l’extrême droite traditionnelle française catholique est chose distincte. Mussolini est athée. S’il conclut les accords du Latran avec le Vatican, c’est par calcul politique pur, explique Lucien Jaume.

Sa religion est celle de l’État et n’a rien de transcendant. C’est une « religion de l’immanence pure », tournée vers la puissance terrestre. « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État », disait Mussolini. Loin de la tradition contre-révolutionnaire française, qui place l’Église et la famille au-dessus de tout. L’historien Emilio Gentile, l’un des meilleurs spécialistes, le résume clairement : « Le fascisme italien n’est pas une idéologie de la race, mais une idéologie de l’État. »

Dans son ouvrage,........

© Le Point