Lettre à 50 chefs étoilés sur la compétitivité agricole
Vous venez de rédiger une tribune publiée dans Le Monde où vous décrétez qu’il faut changer de modèle agricole. Car c’est bien de cela dont il s’agit, puisque la productivité que vous condamnez, celle qui nourrit pourtant trois fois par jour et 365 jours par an 67 millions de Français, semble, selon vous, préjudiciable au devenir de nos productions.
Vous écrivez : « Ne nous trompons pas de combat, la compétitivité seule est un mirage. » Allez expliquer cela aux éleveurs menacés par les accords de libre-échange avec le Mercosur ou par ceux qui ne peuvent plus lutter contre les importations de céréales et de poulets en provenance des pays de l’Est.
Allez expliquer cela aux maraîchers et aux arboriculteurs du midi de la France qui ont vu, en moins de vingt ans, disparaître les deux tiers de leurs exploitations laminées par le jeu des compétitions déloyales et par les importations en provenance d’Espagne ou du Maghreb.
Allez expliquer à ces paysans, qui ont dû déposer le bilan et font désormais la circulation devant les écoles, que la « compétitivité repose sur des vulnérabilités ».
Allez expliquer cela, enfin, aux millions de Français qui peinent à boucler leurs fins de mois et font jour après jour, dans les supermarchés, la course aux promotions.
Qui êtes-vous pour parler à la place des agriculteurs ? Que savez-vous de leur métier, de leur quotidien ? Savez-vous ce qu’ils ressentent quand advient la menace des éléments, des prédateurs, des maladies, quand la récolte est perdue et qu’il faut, quoi qu’il (leur) en coûte, rembourser les crédits, remettre en culture, voir s’éloigner les enfants qui préfèrent déserter les vignes, les pâturages, les jardins, les vergers ? Vous n’en savez rien ! Et pourtant vous parlez d’une « dépendance à la productivité........
