Syndrome de La Havane... ou de Moscou?
L’émission 60 minutes de CBS rapportait dimanche des informations qui lèvent le voile sur le mystère du « syndrome de La Havane ». Depuis 2016, des diplomates, des espions et des militaires américains souffrent de mystérieuses lésions cérébrales invalidantes.
Le mal insolite se manifeste par des pertes d’audition, des vertiges, des maux de tête ainsi que des problèmes d’équilibre et de sommeil. Ces étranges symptômes ont été signalés pour la première fois en 2016 à l’ambassade des États-Unis à Cuba.
Une quarantaine de diplomates canadiens et leurs familles – proches des Américains à La Havane – avaient aussi ressenti ces malaises. Aucune autre personne, diplomate étranger ou citoyen cubain, n’en a jamais signalé.
Aux cas initiaux à Cuba se sont ajoutés par la suite d’autres signalements de diplomates et d’espions américains subalternes en Chine, à Vienne, au Vietnam, en Inde et à Moscou. Toujours seulement des Américains.
Une manifestation d’hystérie collective
Un rapport du FBI, entériné par la CIA, avait conclu que le syndrome de La Havane était une manifestation classique d’effets psychosomatiques induite par le stress : des troubles physiques occasionnés ou aggravés par des facteurs psychiques.
Il est évident que de tels événements dans des milieux restreints risquent d’induire des paranoïas. Si des collègues sont atteints de tels malaises inexplicables, certains vont croire qu’ils sont, eux aussi, la proie des mêmes maux.
J’avançais dans une chronique en février 2019 que l’« effet nocebo » était l’explication la plus rationnelle et la plus évidente de cet étrange phénomène. Au lieu d’améliorer la santé d’une personne par la force de suggestion, l’« effet nocebo » la détériore. Le contraire de l’effet placebo. Je pense que c’est toujours le cas pour la plupart des personnes affectées.
La position officielle américaine en 2023 était qu’il est « très improbable » qu’il s’agisse d’attaques perpétrées par un adversaire.
Armes à micro-ondes de 15 millions $
60 Minutes a appris qu’une arme « à énergie dirigée » (micro-ondes) capable d’infliger ces lésions a été acquise par des agents américains d’un réseau criminel russe en 2024 pour environ 15 millions de dollars. Cette arme est suffisamment petite pour être transportée dans un sac à dos et peut être télécommandée. Selon CBS, elle a été testée dans un laboratoire militaire américain sur des rats et des moutons où elle a eu des effets similaires à ceux observés chez l’humain.
Mais alors pourquoi les Russes n’ont-ils jamais utilisé cette arme contre d’autres cibles ? Pourquoi seulement des Américains en sont-ils victimes ? Ça devrait être l’arme de prédilection de Poutine.
Quoi qu’il en soit, c’est un succès retentissant pour le GRU (renseignement militaire russe) même si seulement quelques-uns de ces cas sont avérés : ils engendrent peur, paranoïa et anxiété considérables chez les diplomates, les militaires et les espions américains.
Et si des agents américains ont pu s’en procurer un auprès de criminels russes, alors Moscou a perdu le contrôle d’une arme furtive imparable qui pourrait être utilisée par n’importe qui, n’importe où. Pas de quoi rassurer les paranos !
