Le retour de l’impératrice Céline
PARIS | Céline Dion, en une quarantaine d’années, est devenue une forme d’impératrice culturelle occidentale.
Les Québécois ont évidemment avec elle un rapport privilégié : elle est des leurs, disons même, elle est des nôtres, elle vient de notre peuple dans ce qu’il a de plus tricoté serré, avec ses familles nombreuses, son sens du clan, et son désir parfois mégalomane de conquérir le monde.
Mais ce désir, notamment grâce à René Angélil, Céline Dion l’a concrétisé.
Céline vient de Charlemagne, au Québec, elle n’a jamais perdu son lien vital avec ses origines, elle a même gardé l’accent québécois, alors qu’ils sont trop nombreux à vouloir s’en débarrasser, comme s’il était rustre, ce qu’il n’est pas, soit dit en passant, et est parvenue à devenir la plus grande star de notre temps.
Tout le monde admire sa puissance. Et tout le monde, évidemment, a été bouleversé d’apprendre le calvaire qu’elle a traversé ces dernières années. Céline souffrait, elle se tordait de douleur. Nous en avons été témoins. Ainsi, même la plus célèbre et la plus fortunée des femmes peut se faire rattraper par la maladie ?
Pourrait-elle revenir un jour, regagner sa place ? Elle le voulait.
On l’a vu aux Jeux olympiques de 2024. Mais s’agissait-il d’un spectacle d’adieu ? Elle aurait été en droit de tirer sa révérence. Une vie comme la sienne, vécue avec autant d’intensité, peut épuiser l’âme, briser le corps.
Et pourtant, Céline revient.
Dans notre civilisation, le récit du grand retour est un des plus beaux que l’on connaisse.
Car c’est une chose d’avoir touché le ciel, mais c’en est une autre, après la chute, de le toucher à nouveau.
Céline conjugue donc le récit de la petite fille sortie de nulle part pour conquérir le monde, et celui du retour de l’impératrice brisée, qui a su refaire ses forces, et regagner son trône !
Et quel retour ! À Paris !
Elle qui s’était installée au cœur de la capitale du divertissement, à Las Vegas, revient dans la capitale de la culture occidentale, à Paris, en France, la mère patrie des Québécois, par ailleurs.
Son retour a été mis en scène, planifié, pour le transformer en événement mondial, ce qu’il est devenu, accessoirement.
Il y aura 10 concerts à Paris, probablement plus. On ne sait pas jusqu’où elle mènera cette entreprise de reconquête de son public, et de conquête d’un nouveau public.
Mais elle le fait de Paris, et bien évidemment, la presse française s’emballe.
Pour les Québécois qui se laissent aisément gagner par l’idée que la langue française est dépassée, et que seule la langue anglaise compte en ce monde, on y verra l’occasion d’une méditation importante.
La civilisation française porte une véritable idée de l’universel et les Québécois, qui en héritent et la prolongent en Amérique, la portent aussi.
Quoi qu’il en soit, Céline revient par Paris, et à travers cela, c’est un bout du Québec qui brille aussi.
