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La guerre de trop de Donald Trump

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Les semaines passent, et la guerre contre l’Iran ne se termine pas.

N’en soyons pas surpris : à l’échelle de l’histoire, les guerres se calculent plus souvent en années qu’en mois ou en semaines — et cela, même si les sociétés démocratiques exigent des résultats rapides, en cela comme en toutes choses.

Quoi qu’il en soit, les États-Unis de Donald Trump croyaient probablement que les choses se passeraient autrement.

L’opération permettrait d’abord de détruire les capacités nucléaires de l’Iran. C’était un objectif légitime.

Plus largement, le grand récit américain était prêt : l’Amérique allait bombarder l’Iran et, avec l’aide d’Israël, décapiter le régime, qui tomberait, ce qui permettrait d’aider le peuple iranien à se soulever et de délivrer son pays de l’emprise des mollahs. Une stabilité nouvelle allait prendre forme au Moyen-Orient.

Mais les choses ne se sont évidemment pas passées ainsi, et chaque jour nous confirme qu’une autre histoire s’écrit devant nous.

Premier élément : les Américains ont sous-estimé l’Iran qui, loin de se laisser abattre, a entrepris une riposte à grande échelle, ayant les moyens pour la mettre en œuvre. La stratégie est celle de l’embrasement régional. Les Occidentaux sont à ce point convaincus de leur supériorité qu’ils oublient que les pays qu’ils veulent soumettre ont quelquefois de vrais ressorts et qu’ils conjuguent une identité culturelle très éloignée de notre univers mental et une vraie maîtrise technologique, qui n’a rien d’une résistance au lance-pierre.

La guerre des drones est sidérante. Elle montre de quelle manière les puissantes armées peuvent être contenues par une forme nouvelle de guérilla, à laquelle nous n’étions manifestement pas préparés. La résistance de l’Iran ne s’alimente pas que de l’islamisme, qui sert d’idéologie officielle au pays, mais d’un profond nationalisme, qui revendique 3000 ans d’histoire.

Deuxième élément : plus la guerre dure et plus elle risque d’accélérer la dynamique autodestructrice des sociétés occidentales.

La hausse du prix de l’énergie, partout, frappe des classes moyennes déjà exsangues, étouffées, écrasées par les dépenses courantes et par le fisc. L’État social, qu’on pourrait vouloir mobiliser pour traverser la crise, est endetté, encrassé bureaucratiquement et pour tout dire, impuissant.

Nos sociétés sont elles-mêmes fissurées de l’intérieur comme jamais. Les tensions identitaires, engendrées par les changements démographiques des 40 dernières années, explosent et rien ne laisse croire qu’elles vont se calmer, encore moins quand l’islamisme progresse et s’alimente des mutations de l’ordre mondial. Le 7 octobre — et la poussée d’antisémitisme qu’il a engendré en Europe — confirme que nous vivons désormais le choc des civilisations sur nos propres terres.

Troisième élément : les Américains, qui voulaient manifestement utiliser cette guerre pour réaffirmer leur hégémonie dans le cycle historique qui commence, se découvrent non pas impuissants, mais conduits dans ce qui pourrait bien devenir un bourbier, lequel ranime la mémoire du Vietnam, de l’Irak et de l’Afghanistan. Les empires qui veulent imposer trop loin leur souveraineté se fragilisent.

Cette guerre pourrait être la guerre de trop pour Donald Trump.


© Le Journal de Québec