Santé: j’ai une ou deux idées concrètes
Selon toute vraisemblance, après la CAQ, un nouveau gouvernement héritera des énormes problèmes du réseau de la santé.
Accomplir des progrès mesurables serait déjà un exploit.
Il faudra forcément prioriser.
La priorité absolue, c’est l’accessibilité : trop de Québécois n’ont pas un professionnel attitré qui les suit.
Le système des primes aux médecins s’est avéré un échec complet.
Christian Dubé avait compris qu’il était illusoire d’espérer que beaucoup de médecins voient plus de patients sans y être forcés.
Malheureusement, sa réforme fut lancée trop tard, fut mal expliquée, contenait des dispositions irréalistes, et le gouvernement était déjà trop impopulaire pour avoir l’opinion publique avec lui.
L’échec cuisant de la CAQ ferme probablement cette porte pour longtemps.
Le prochain gouvernement n’osera pas rejouer dans ce film.
C’est donc le retour à la case de départ.
On fait quoi, maintenant ?
De grâce, allons-nous enfin comprendre, après un demi-siècle de réformes ratées, que les changements de structures ne règlent rien ?
Agences, régies, CIUSS, patati et patata, ce n’est pas l’essentiel.
Le cœur de l’affaire, c’est que, dans notre système, en gros, le médecin contrôle pratiquement seul chacune des étapes d’un épisode de soins : rendez-vous, choix du traitement, prescription, référence à un autre professionnel, rendez-vous de suivi.
C’est du travail d’équipe, si vous voulez, mais le médecin reste le sommet de la pyramide, et l’équipe est à son service.
C’est inévitable quand il s’agit d’un spécialiste.
Ce n’est pas inévitable quand il s’agit d’un omnipraticien.
Comment faire autrement ?
Il y a plusieurs types d’infirmières.
Les infirmières praticiennes spécialisées ont la formation pour diagnostiquer des maladies, prescrire des médicaments, commander des tests et faire des suivis.
Elles peuvent faire pratiquement le même travail qu’un médecin omnipraticien, mais leur formation est plus courte et moins chère, de même que leur rémunération.
Il y en a trop peu et la majorité travaille dans des hôpitaux, auprès de médecins spécialistes.
Pourquoi ne pas augmenter leur nombre rapidement et les déployer dans des cliniques de première ligne ?
La formation et le statut légal des pharmaciens pourraient aussi être revus afin qu’ils puissent faire des consultations, signer des prescriptions et faire des suivis.
Infirmières et pharmaciens référeraient à un médecin seulement si nécessaire.
Cela dit, ne rêvons pas en couleurs.
Les syndicats de médecins seront aussi contre ces changements.
Ils invoqueront leur compétence unique, la sécurité des patients, etc.
Tout pouvoir additionnel octroyé aux infirmières et aux pharmaciens serait un pouvoir de moins entre leurs mains, de même qu’une source de revenus en moins.
Chaque rendez-vous et chaque prescription entre les mains d’un autre professionnel seraient des actes que le médecin ne pourrait facturer à la RAMQ.
Ce serait une autre énorme bataille pour un prochain gouvernement, mais elle est peut-être gagnable si elle est bien menée.
Dans les régions mal desservies par les CLSC et les GMF, les coopératives de santé pourraient aussi être davantage reconnues et soutenues par le gouvernement.
Honnêtement, pour le moment, je n’ai rien de mieux à proposer.
