Le Québec est obèse
On le savait déjà. L’Étude de l’Institut économique de Montréal l’a confirmé. L’État québécois a pris du poids. Beaucoup. Trop.
Les chiffres sont aberrants. Sous François Legault, l’État a embauché 100 000 travailleurs de plus si on inclut les réseaux de l’éducation et de la santé. On s’en contenterait si les services avaient suivi, mais nous savons tous que ce n’est pas le cas.
C’est la grande leçon du règne de la CAQ : ajouter de l’argent n’améliore pas les services.
Grâce au sacro-saint modèle québécois, le Québec a toujours eu un secteur public plus important que d’autres juridictions. Le problème c’est que la tendance s’accélère.
Depuis 2019, 55 % des nouveaux postes créés sont des emplois publics. La proportion n’est que de 36 % dans le reste du pays. La moyenne de l’OCDE est de 18 %. Même l’Allemagne qui a pourtant un filet social imposant n’affiche un taux que de 11 %.
C’est simple, le modèle québécois est devenu boulimique.
Chaque nouvelle priorité accouche d’un nouveau ministère, d’une nouvelle agence.
Il faut mieux gérer le réseau de la santé : vive Santé Québec avec sa machine bureaucratique et ses consultants.
On veut mieux planifier et construire nos infrastructures : vive Mobilité Infra Québec.
Pire, chaque cause a son ministre : les aînés, le tourisme, la laïcité, la lutte contre le racisme, l’action communautaire, la jeunesse. Et chaque ministre a ses structures, ses fonctionnaires, leurs comités.
C’est l’effet pervers du modèle québécois. La machine se nourrit de ses propres bonnes intentions.
On aime bien râler contre ce mammouth bureaucratique, les gouvernements successifs qui promettent de réduire la taille de l’État pour finir par faire le contraire.
Or chaque fois qu’un gouvernement prend son courage à deux mains et décide de se mettre au régime, la levée de boucliers est instantanée.
Le gel de recrutement était à peine annoncé en 2024 que les grandes centrales syndicales ont crié à l’austérité. Puis les hauts fonctionnaires s’en sont mêlés.
Rappelez-vous le sous-ministre à l’Environnement qui s’est indigné de l’abolition de 134 postes. Son ministère en a créé 1580 depuis 2020.
Car elle est habile la machine. Pensez au CHUM qui, confronté à une obligation de respecter son budget, s’est mis à rationaliser les mouchoirs.
À tout coup, la vague d’indignation s’emballe, le gouvernement se voit obligé de tempérer, de reculer. Un autre bras de fer de perdu.
Il paraît que l’électorat voudrait voir l’État se mettre au régime. Un récent sondage révélait que 61 % des Québécois sont prêts à envisager une diminution des services pour assainir les finances publiques.
Éric Duhaime vous dira que ça expliquerait le vent de droite qui souffle sur l’électorat. Pas si certaine que ça.
Avant de conclure que les Québécois sont prêts à renoncer au réflexe du tout à l’État, attendons de voir les réactions au budget d’Eric Girard mercredi prochain.
