Que promet-on aux transfuges?
Le Parti libéral du Canada mène une opération sans précédent au Canada. Une opération de recrutement de transfuges dans les autres partis. Déjà, trois conservateurs ont fait le saut.
Règle générale, les changements d’allégeance surviennent tard dans un mandat, lorsqu’un député ressent que son parti s’est éloigné des raisons pour lesquelles il a été élu. D’autres le font par pur opportunisme, mesurant à la lumière des sondages que leurs chances de réélection seraient meilleures sous une autre bannière.
Poser ce geste dans la première année d’un mandat est assez ahurissant. Il y a quelques mois à peine, tu parcourais les rues de ta circonscription en réclamant aux électeurs de soutenir ton parti et en leur expliquant les dangers et les défauts du parti d’en face.
Puis, sans que rien de fondamental n’ait vraiment changé, tu revires ton froc. Le parti qui apparaissait sur tes affiches électorales n’est plus bon. Tu rejoins l’adversaire d’hier.
Dans un scénario aussi bizarre et aussi démocratiquement tordu, nous nous posons tous la question : que leur a-t-on dit pour les convaincre ? Plus précisément : que leur a-t-on promis ? Lorsqu’un changement d’allégeance ne s’explique pas par la logique politique, on cherche vite du côté de l’intérêt personnel.
J’avoue avoir fait le saut en janvier dernier en apprenant que le transfuge Michael Ma faisait partie de la délégation accompagnant le premier ministre dans son délicat voyage en Chine. Le type a beau être d’origine chinoise, il est devenu libéral à peine quelques jours avant.
Depuis quand on choisit d’amener le dernier venu dans ses missions stratégiques ? D’autant plus que monsieur Ma s’était passablement ridiculisé aux yeux de tous en participant aux deux partys de Noël en deux soirs, celui des conservateurs puis celui des libéraux. Pas de nature à devenir “monsieur crédibilité” qu’on traîne à l’international !
Ma surprise est devenue suspicion en découvrant cette semaine que le dernier transfuge recruté par les libéraux, Matt Jeneroux, ferait à son tour partie de la délégation pour un voyage majeur. Oui, M. Jeneroux est parti en Inde avec Mark Carney.
Type issu du secteur de la santé et du communautaire, rien dans son curriculum vitae n’en fait un acteur indispensable d’une mission commerciale en Inde. Réponse officielle : il agira comme « conseiller spécial sur les partenariats économiques et de sécurité ». Heu...
Encore là, il est arrivé dans le caucus libéral exactement huit jours avant de monter à bord de l’avion du premier ministre. Quand même bizarre de donner un rôle aussi important au dernier arrivé.
Je pourrais être accusé de laisser entendre sans preuve qu’on a promis de beaux voyages à des élus d’en face pour les convaincre de traverser la chambre. Disons que deux en deux mois, c’est assez pour que je m’interroge. Assez pour que je me demande si une enquête ne serait pas justifiée.
On a promis quoi d’autre ? Pour l’individu, pour son comté, pour l’après-politique ? Ces deux voyages étonnants soulèvent la question.
