Rodger, ma première femme et moi!
Louise Nobert, ma première femme, m’a « appris » le baseball, mais c’est Rodger Brulotte qui me l’a fait aimer.
Je n’avais jamais vu une seule partie de baseball avant qu’arrive à la salle de rédaction de La Tribune de Sherbrooke, pour remplacer Jeanne Desrochers (la sœur de Clémence), une jeune femme qui était chroniqueuse sportive à L’homme libre de Drummondville.
Elle « mangeait » du baseball. Avec les Athlétiques de Sherbrooke, elle serait comblée. L’équipe était gagnante, comptant dans ses rangs Roland Gladu, ex-vedette des Royaux de Montréal, et le fameux lanceur noir Ray Brown, membre du Temple de la renommée. Un lanceur qui frappait presque autant de circuits qu’il retirait de frappeurs au bâton.
Avec Louise, le baseball n’était pas une sinécure, il fallait tenir un box score et tout consigner : buts sur balles, retraits, lanceurs atteints, amortis sacrifices, coureurs retirés, joueurs laissés sur les buts, etc. À peine avais-je le temps de regarder la partie.
Il a fallu attendre les Expos au stade Jarry pour que j’y trouve enfin du plaisir. Lorsque je ne pouvais aller au stade, j’écoutais religieusement les parties à la radio, décrites par Jacques Doucet. C’était comme si j’y étais.
L’affreux Rick Monday
La femme qui est venue après Louise Nobert détestait le baseball.
Le 19 octobre 1981, je décide d’écouter la partie tranquillement dans mon atelier. Mes Expos sont à une victoire de la Série mondiale. Au début de la neuvième, c’est 1 à 1 contre les Dodgers, et Rick Monday s’amène au bâton. Le gérant Jim Fanning hésite, puis envoie Steve Rogers en relève. Mauvaise idée ! Je sacre comme un damné.
L’affreux Monday envoie la balle de Rogers par-dessus la clôture. Silence de mort. La voix de Jacques Doucet s’étrangle et je fonds en larmes. Dans les estrades du Stade olympique, Rodger Brulotte, qu’on connaît peu encore, pleure aussi, mais lui, il a son Youppi ! pour le consoler !
Que notre joie demeure !
Comme si nos dramaturges n’étaient pas assez talentueux, c’est devenu la mode d’adapter pour la scène les œuvres de nos cinéastes et de nos romanciers. C’est ainsi que Kev Lambert et le roman qui lui a valu le prix Médicis est en vedette au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 20 avril.
Adaptée et mise en scène par Laurence Dauphinais et Maxime Carbonneau, la pièce doit presque tout à la maestria d’Anne Dorval, à la scénographie éclatante qui intègre finement la vidéo. Malheureusement, la musique omniprésente réussit plus à nous contrarier qu’à accentuer les moments forts du texte.
L’adaptation réussit mal aussi à donner plus de profondeur à la pensée binaire du roman. Kev Lambert simplifie le monde, le divisant en deux ordres : le bien et le mal, les gagnants et les perdants. Si vous avez aimé son roman, le spectacle sera un heureux rappel et si vous ne l’avez pas lu, sachez que la pièce en fait une lecture fidèle, mais abrégée. C’est à voir !
