Le Canada, un drôle de pays bilingue!
Sans minimiser l’affaire Michael Rousseau (qui a eu l’intelligence de démissionner), disons que le PDG d’Air Canada n’était pas une menace existentielle au français et à notre culture.
C’est rare qu’on en parle — peut-être de peur de perdre nos acquis — mais c’est presque uniquement en anglais qu’on discute de culture française dans la plupart des organismes du gouvernement fédéral.
J’exclus partiellement CBC/Radio-Canada, car l’un et l’autre des deux réseaux fonctionnent presque en autarcie. Dans ses ultimes recommandations avant de quitter la politique, l’ex-ministre du Patrimoine Pascale St-Onge proposait de rendre les deux réseaux encore plus autonomes l’un de l’autre. Mais ce n’est pas encore le cas.
Au niveau du conseil d’administration, c’est une autre histoire. Même si CBC/Radio-Canada dépense une petite fortune en équipement et en traducteurs à chacune des réunions du conseil pour s’assurer qu’on puisse y parler anglais et français, la plupart des débats, sinon tous, se déroulent en anglais. Plusieurs administrateurs unilingues anglophones répugnent à mettre leurs écouteurs, si bien que les francophones trouvent plus simple de parler anglais.
Deux solitudes qui s’ignorent
Mais ce n’est qu’une partie du problème. Les administrateurs anglophones n’ont aucune idée de ce que diffuse la SRC et les administrateurs francophones ignorent généralement ce que présente la CBC.
Je vous donne l’exemple parfait de cette ignorance « respective ». À l’époque où j’étais membre du conseil, j’avais déploré le départ de Marie-France Bazzo, vedette incontestée de la radio de Radio-Canada. Robert Rabinovitch, PDG depuis plusieurs années, m’avait demandé qui était cette Marie-France Bazzo qu’il ne connaissait pas du tout... !
Le Fonds des médias du Canada (FMC) est un organisme dont les partenaires sont le ministère de la Culture et de l’Identité canadienne ainsi que les câblodistributeurs. Fondé par le ministre James Moore en 2009, le FMC appuie par divers programmes d’aide l’industrie audiovisuelle et les médias numériques. Sans le FMC et son aide financière, notre télévision ne serait pas ce qu’elle est devenue.
Quelques minutes en français
Je fais partie du conseil d’administration du Fonds depuis ses débuts. Depuis 2010, nous avons eu quelque 1500 heures de discussions au conseil, mais pas plus de deux ou trois heures en français durant les premières années, quelques minutes seulement depuis trois ou quatre ans ! La télévision francophone rejoint pourtant deux ou trois fois plus de téléspectateurs que la télévision anglophone.
Le français n’a guère plus de place au Conseil des arts du Canada et à Téléfilm. Au moins dans ces deux organismes, les PDG sont bilingues. Que je sache, on y débat surtout en anglais, tenant pour acquis que les administrateurs francophones comprennent et parlent l’anglais.
Pour l’instant, dans tous les organismes culturels qui relèvent du fédéral, les francophones sont mieux représentés qu’ils le seraient si on tenait compte uniquement de la proportion des francophones dans l’ensemble de la population. Mais pour combien de temps encore ?
Au Canada, les décisions sont prises à la majorité, mais dans ce drôle de pays bilingue, on en discute presque uniquement en anglais !
