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Entreprendre au Québec: un problème de mentalité

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Un récent article du Journal de Montréal révélait une réalité préoccupante : le nombre d’entrepreneurs au Québec est passé d’environ 194 000 à 122 000 en vingt ans. C’est une chute de plus du tiers.

Et surtout, ce n’est pas un hasard. Pendant ce temps, ailleurs au Canada, la baisse est beaucoup moins marquée. Et en Ontario, on parle d’un recul d’à peine 6 %. Ce n’est donc pas un phénomène global. C’est un problème bien québécois.

On peut parler de fiscalité, de réglementation, de financement. Tout ça compte. Mais à mon avis, le vrai problème est plus profond : c’est une question de mentalité.

Au Québec, réussir en affaires n’a jamais été bien vu. On admire les artistes, les comédiens, les sportifs, les vedettes... mais les entrepreneurs ? On les regarde souvent avec méfiance. Comme s’il fallait s’excuser de réussir. Comme si faire de l’argent était suspect. Comme si créer de la richesse venait automatiquement avec une part de doute.

Parce que l’entrepreneuriat, ce n’est pas juste une question d’économie. C’est aussi une question de culture. Et dans notre belle province, on a encore du travail à faire pour valoriser ceux qui se lancent en affaires.

Créer une entreprise, c’est accepter de prendre des risques, de se faire juger, de tomber... et de recommencer. Mais dans une société où l’échec est mal perçu et où le succès dérange, ça freine naturellement les ambitions. Et ça se voit dans les chiffres.

Pendant que l’Ontario maintient relativement son nombre d’entrepreneurs, le Québec recule. Ce n’est pas une question de talent — on en a énormément ici. C’est une question d’environnement.

Autre signal inquiétant : des milliers d’entreprises cherchent actuellement un repreneur... sans trouver preneur. Ça veut dire qu’on ne manque pas juste de créateurs — on manque aussi de relève.

Pourquoi ? Parce qu’entreprendre, ce n’est pas encore assez valorisé. Et pendant ce temps, certains discours envoient un signal contraire.

Valoriser la réussite

Récemment, l’IRIS proposait, dans une étude, d’augmenter significativement la fiscalité. On peut débattre des intentions, mais le message envoyé aux entrepreneurs est clair : le fardeau pourrait encore s’alourdir. Pour quelqu’un qui hésite à se lancer, ou pour une entreprise qui choisit où s’installer au pays, ce type de signal peut devenir un frein.

Mais je suis quand même optimiste, les choses semblent changer tranquillement. Grâce aux réseaux sociaux, les jeunes voient aujourd’hui des entrepreneurs d’ici et d’ailleurs réussir, bâtir, créer. Ils comprennent que ce n’est pas réservé à une élite. Que c’est possible. Accessible. Réel.

On commence aussi à voir une nouvelle génération plus assumée, plus ambitieuse, moins gênée de vouloir réussir. Une génération qui comprend que créer de la richesse, c’est aussi créer des emplois, des opportunités, de l’innovation et aider le collectif.

Mais pour accélérer ce mouvement, il faut faire un choix collectif. Il faut arrêter d’opposer réussite économique et valeurs sociales. Les deux peuvent coexister.

Il faut arrêter de critiquer ceux qui réussissent. Il faut les mettre de l’avant, les écouter, s’en inspirer.

Et surtout, il faut redonner le goût d’entreprendre. Parce qu’au final, une économie forte ne se construit pas seulement avec des programmes ou des subventions. Elle se construit avec des gens qui osent.

Selon l’Indice entrepreneurial québécois, plus de 27 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. L’envie est là, il est temps de se réveiller, le Québec a tout pour être un leader entrepreneurial. Il lui reste simplement à y croire davantage.

Luc Poirier Entrepreneur


© Le Journal de Montréal