L’angoisse d’une génération
Les taux de dépression et d’anxiété augmentent chez les jeunes. Je n’accuse pas ma génération — la génération Z — d’être mal équipée affectivement pour survivre dans le monde : j’accuse le monde.
Certes, toutes les générations ont connu des crises majeures, mais la nôtre vit une situation inédite : nous sommes exposés en temps réel à toutes les crises du monde par les réseaux sociaux et les médias, malgré leurs avantages. Le problème n’est pas tant la diffusion de l’information que son contenu. Chaque semaine semble apporter son lot d’angoisses nouvelles.
La guerre en Iran et, encore, celle entre Israël et le Hamas provoquent des bombardements, des déplacements de populations et une crise humanitaire majeure. En Europe, la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année sans perspective claire de résolution. Ces conflits ravivent les inquiétudes liées aux armes nucléaires, épées de Damoclès prêtes à tomber n’importe quand.
De plus, la violence et la haine augmentent dans notre propre société. Au Canada, les crimes haineux, perpétrés notamment contre les minorités religieuses et les personnes LGBTQ+, ont atteint des niveaux records au cours des dernières années.
Les changements climatiques nourrissent aussi cette inquiétude, en accentuant les épisodes météorologiques extrêmes, les feux de forêt et les inondations, entre autres.
À cela s’ajoutent des inquiétudes économiques très concrètes. L’inflation continue d’éroder le pouvoir d’achat. Les coûts du logement atteignent des niveaux sans précédent dans plusieurs villes canadiennes. À Montréal, pour une grande partie des jeunes adultes, acheter un logement avec un seul salaire relève presque de la fiction, même pour moi, qui suis professeur de littérature au collégial. J’aime profondément mon métier, mais, malgré sa difficulté et son importance, je constate chaque mois la même équation : devenir propriétaire demeure mathématiquement hors de portée sans un deuxième revenu.
Somme toute, l’angoisse qui nous habite n’est peut-être pas un signe de faiblesse. Elle est peut-être simplement la conséquence logique de la lucidité. Inflation, guerres, polarisation politique, discours haineux, crise climatique, etc. Devant tout cela, comment être heureux ? Peut-être qu’ignorer la réalité est la solution… mais il faut savoir pour agir.
