Le silence est d’or au cœur du cyclone
Chaque semaine, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons la version écourtée d’un texte paru dans Jeu, n° 199 (automne 2026).
J’écris de Rouyn-Noranda, capitale culturelle autoproclamée, qui célèbre ses 100 ans au moment même où elle traverse une crise profonde. On la nomme « crise de l’arsenic », mais elle dépasse largement cette appellation. Elle est environnementale, sociale, politique et, plus sourdement, une crise de sens.
Que choisissons-nous de nous raconter pour continuer à faire sens ? Cette question me ramène à une crise plus intime : celle de mon adolescence. Ce moment où, habitée par un besoin viscéral de me définir, j’ai senti que le récit dans lequel j’évoluais ne tenait plus.
Ma mère était malade. Alors, comme une voie de survie, le théâtre est entré dans ma vie. À 15 ans, j’ai appris à faire vibrer mon mal-être à travers d’autres voix, celles forgées par l’univers créatif de Lise Pichette, de Rachel Lortie, de Barbara Poirier, d’Alice Pomerleau, d’Anne-Marie et de Nicole Perron, de Jeanne-Mance Delisle.
Ces créatrices avaient fondé le Théâtre de Coppe (1977), le Cabaret de la dernière chance (1982), puis la troupe de théâtre Les Zybrides (1988). Elles portaient en elles un sentiment d’injustice, celui d’une génération née au pied de la fonderie Horne sans........
