Chronique | Lire l’«Odyssée»
Les ventes en librairie de l’Odyssée ont-elles augmenté ? Voilà la question saugrenue que je me suis posée en apprenant que le film L’Odyssée de Christopher Nolan fracassait des records au box-office.
Poursuivant cette méditation matinale, je me suis aussi imaginé demandant à mes élèves, à qui j’ai souvent fait lire l’Odyssée au cours des dernières années, ce qu’ils avaient pensé du livre et du film. La plupart d’entre eux m’auraient certainement dit que le film était bien meilleur, et je leur aurais alors fait cette réponse préparée à l’avance : « Il n’est pas meilleur, mais vous l’avez préféré ; ce n’est pas la même chose. »
Je suis allé voir le film de Nolan. C’est un bon divertissement. Pendant trois heures, on ne s’ennuie pas. Comme tout film qui a coûté des millions de dollars, il est fait pour être rentable, et donc pour plaire. Alors, il nous tend un miroir flatteur : pacifiste, avec un Ulysse traumatisé par la guerre (mais qui massacre à lui seul des dizaines de prétendants) ; féministe, comme il ressort de certains propos revendicateurs de Pénélope (qui n’affiche cependant ni la force d’âme ni l’intelligence qui sont les siennes chez Homère) ou d’une Circé (magicienne dont le « palais sacré » est devenu, dans le film, une triste bicoque) ; et, enfin, antiraciste, avec une distribution multiraciale qui assure au film de Nolan (grâce à quelques acteurs incarnant des personnages très secondaires) à la fois d’afficher sa vertu et de s’assurer de provoquer le buzz sur les réseaux sociaux en déclenchant l’ire........
