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Vieillir mal

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25.03.2025

Suivant l’amincissement graduel de l’espace dialogique actuel dans la parole publique, il me semble que les discours sur les chocs générationnels se crispent, eux aussi, de manière de plus en plus décomplexée, entonnant la vaste condamnation de tout ce qui excède les contours de notre propre pensée. Un peu comme si tout ce qui avait été vécu-et-porté-avant-nous et tout ce qui sera-propulsé-dans-l’après-nous étaient ridiculisés, du simple fait que leur logique interne nous échappe. Je nous vois constamment en train d’analyser l’autre, le plus vieux comme le plus jeune, en restant bien installés dans notre propre vision du monde, comme si c’était le monde lui-même, le vrai monde, le seul.

Si l’automatisme est humain, il demeure néanmoins le premier pas vers cet écueil qui nous guette tous, et qui semble parfois avoir déjà entièrement avalé certains d’entre nous : celui de mal vieillir, pas au sens des rides évidemment, mais au sens de la pensée qui, au lieu de s’agrandir de l’intérieur, de se complexifier, se rigidifie, se replie, se fige, devenant presque morte avant que de mourir pour vrai. Si la maturité appelle la flexibilité, il est étonnant d’observer combien le besoin de confort, le désengagement, la recherche de la sécurité peuvent nous mener à nous installer dans des visions du monde qui ne respirent plus.

Il s’agira alors d’habiter l’existence en « profitant », et de, surtout, ne rien perdre, ni privilège, ni face, ni certitudes. Il est intéressant de constater que c’est souvent de la bouche de ceux-là mêmes qu’on entend toute une panoplie de reproches envers une jeunesse trop radicale, trop fermée, avec laquelle « on ne peut plus rien dire ».

Encore ici, le repli sur soi, le retrait vers ceux et celles qui nous parleront du « même », au lieu d’une attitude de curiosité vers ce qui nous échappe, installe entre nous une parole contrite en........

© Le Devoir