menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Le choix de l’austérité

13 0
06.03.2026

Même si le « mot en a » a été pratiquement banni du vocabulaire politique, 61 % des Québécois préféreraient une réduction des services publics plutôt qu’une augmentation d’impôts ou de taxes afin d’éliminer le déficit, selon un récent sondage Léger.

Dans les pays scandinaves, les contribuables acceptent volontiers des impôts notoirement élevés pour financer un filet social qui fait l’envie de toute la planète parce qu’ils sont convaincus que l’État gérera leur argent avec efficacité et équité. Mais que ce soit Québec, où le fardeau fiscal est le plus lourd au Canada, ou en Alberta, où il est le plus léger, la majorité des contribuables estiment au contraire qu’ils n’en ont pas pour leur argent et que les gouvernements sont peuplés d’incompétents tant au niveau provincial que fédéral.

Il est vrai qu’il devient décourageant de voir les services se dégrader au fur et à mesure qu’on y investit plus de milliards. Le gouvernement Legault a passé la dernière année à se chicaner avec les médecins, à qui il a fini par céder la caisse. Durant la même période, le nombre d’établissements de santé considérés comme vétustes a doublé.

Le gouvernement a certainement ses torts, mais il n’a sans doute pas été plus incompétent que ses prédécesseurs. Cette impression de nullité est plutôt créée par l’addition de nouveaux problèmes à ceux n’ayant pas été réglés par le passé. Au point où en sont les choses, il est tentant de penser que cela ne pourrait pas être pire. Et pourtant…

Ceux qui préfèrent voir les services se détériorer encore un peu plus plutôt que de payer plus d’impôts n’ont pas à s’inquiéter : peu importe qui formera le prochain gouvernement, c’est ce qui risque fort de se produire. Le budget « sobre et ciblé » que le ministre des Finances, Eric Girard, présentera pour la dernière fois le 18 mars prochain ne risque pas de laisser une grande marge de manœuvre à son successeur, qui n’aura pas d’autre choix que de programmer un retour à l’équilibre budgétaire dans une conjoncture économique pour le moins incertaine.

Aux dernières nouvelles, le déficit pour l’année 2025-2026 totalisait 12,4 milliards de dollars. M. Girard fait valoir qu’il s’agit d’un des moins élevés au Canada par rapport au PIB, mais Standard&Poor’s l’a quand même trouvé suffisamment important pour justifier une baisse de la cote de crédit du Québec.

Dans son rapport 2025, l’Institut du Québec estimait que le retour à l’équilibre en 2029-2030 exigerait de limiter l’augmentation annuelle des dépenses en santé et en éducation à 2,4 % et à 1,8 % respectivement. Les autres postes de dépenses devraient se contenter d’un maigre 0,5 %, et il faudrait aussi augmenter la TVQ de 0,5 %.

Cela dégageait un désagréable relent d’austérité rappelant les années Couillard, ce qui avait provoqué une réaction immédiate et catégorique de Charles Milliard, déjà candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec. Il était hors de question de hausser la taxe de vente, et la faible croissance des dépenses évoquée par l’Institut du Québec lui apparaissait alors « complètement insultante ».

Depuis qu’il a été couronné, M. Milliard a toutefois été d’une grande discrétion sur les orientations d’un possible gouvernement libéral, que ce soit en matière budgétaire ou autre. Pour en avoir une idée, force est de s’en remettre à ce qu’il disait au printemps 2025. Il proposait alors d’abaisser le taux d’imposition des PME de 11,5 % à 10 % afin de faire du Québec le « paradis de l’entrepreneuriat », ce qui aurait éventuellement pour effet de générer de nouvelles recettes fiscales pour protéger le filet social. Il reconnaît que cela diminuerait au moins temporairement les revenus de l’État, mais « parfois il faut faire un pas de recul pour en faire deux en avant ».

Le Parti québécois (PQ) entend plutôt fermer le « bar ouvert » des subventions aux entreprises et couper dans la bureaucratie. C’est plus facile à dire qu’à faire. On imagine mal un gouvernement, péquiste ou autre, renoncer à concurrencer les autres provinces dans la course aux entreprises désireuses de s’implanter au Canada. Dans le cadre du vaste programme d’armement projeté par Mark Carney, par exemple. Quant au grand ménage dans la bureaucratie, quelqu’un y croit-il encore ?

Bien entendu, pour le PQ, le meilleur moyen d’optimiser les dépenses de l’État est de se défaire du gouvernement de trop. Mais que les économies projetées dans le budget de l’an un d’un Québec indépendant présenté en octobre 2023 se réalisent ou non, on sait maintenant que le référendum n’aura lieu qu’à la fin d’un premier mandat. Si tout va bien.

Lors de la prochaine campagne électorale, il faudra présenter le cadre financier d’un gouvernement provincial dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. Pour mémoire, les prévisions sur lesquelles s’appuyait le budget de l’an un laissaient entrevoir un déficit d’à peine 1 milliard de dollars pour l’année 2026-2027 ; le budget du 18 mars multipliera plusieurs fois ce chiffre.

Les années qui nous séparent d’un référendum risquent d’être plus difficiles que prévu. On critiquera chaque dollar consacré à sa préparation plutôt qu’investi dans les services. Ceux qui disent préférer une diminution des services à une hausse d’impôts n’en crieront pas moins leur indignation.

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s’agit d’une chronique et, à ce titre, elle reflète les valeurs et la position de son auteur et pas nécessairement celles du Devoir.


© Le Devoir