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La solution de rechange

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04.03.2026

On ne peut pas dire que la course à la succession de François Legault profite à la Coalition avenir Québec (CAQ). Depuis que le signal de départ a été donné, le parti ne cesse de perdre du terrain. C’est presque à se demander si le premier ministre n’aurait pas dû rester !

En l’espace d’un mois, les intentions de vote de la CAQ ont baissé de quatre points, mais le plus inquiétant est que l’attrait de la grande favorite, Christine Fréchette, a diminué de façon dramatique.

Le sondage Léger de la fin janvier indiquait qu’une victoire de l’ex-ministre de l’Économie propulserait son parti à 25 %, un sommet en deux ans, seulement cinq points derrière le Parti québécois (PQ). Selon le plus récent Léger, la CAQ n’obtiendrait plus que 15 % sous sa gouverne.

Bien entendu, la situation serait encore plus catastrophique si Bernard Drainville en devenait le chef. Comme il ne recueillerait que 8 % des intentions de vote advenant son élection à la succession de François Legault, une baisse de sept points par rapport au même scénario en janvier, la disparition de la CAQ deviendrait une quasi-certitude.

De toute évidence, le spectacle offert par les deux protagonistes depuis un mois n’a pas convaincu la population. Ils ont pourtant affiché leurs divergences de façon assez divertissante. C’est comme s’ils avaient, en voulant se distancier du bilan de M. Legault, achevé de convaincre l’électorat qu’un simple changement de chef ne suffirait pas. Près de trois électeurs sur quatre (72 %) croient aussi qu’un autre parti doit diriger le Québec.

M. Drainville a déclaré que ses collègues du gouvernement Legault et lui avaient agi « comme des jambons » dans la gestion du troisième lien. L’expression pourrait sans doute s’appliquer à d’autres dossiers.

Libéraux et péquistes au coude-à-coude dans les intentions de vote

L’arrivée de Mme Fréchette semble de bon augure pour le PQ. L’effondrement de la CAQ qu’entraînerait une victoire de M. Drainville profiterait surtout au Parti libéral (PLQ), qui se retrouverait pratiquement nez à nez avec la formation de Paul St-Pierre Plamondon.

Avec Mme Fréchette à sa tête, la CAQ aurait toujours l’appui d’une proportion notable de francophones (19 %). Alors fort d’une avance de cinq points sur les libéraux dans l’ensemble de l’électorat, le PQ conserverait ses chances de former un gouvernement majoritaire.

Toujours dans le scénario Fréchette, avec 27 % des intentions de vote, le PLQ se retrouverait au même niveau qu’en novembre dernier, avant que le ciel s’abatte sur la tête de Pablo Rodriguez.

L’entrée en scène du nouveau chef, Charles Milliard, a été réussie surtout dans la mesure où il n’a pas déçu, mais il n’a encore rien dit qui nous permette d’imaginer à quoi ressemblerait un gouvernement qu’il dirigerait, sinon qu’il ne tiendrait pas de référendum et qu’il aurait un préjugé favorable envers les PME.

Parler de ramener « un certain nationalisme » au PLQ ne donne pas l’impression de vouloir forcer la dose. M. Milliard assure qu’il ne se défilera pas sur les questions identitaires. La question est de savoir jusqu’où il est disposé à indisposer la base non francophone de son parti pour apprivoiser les francophones.

En 1988, Robert Bourassa avait tenté de convaincre la communauté anglophone d’accepter qu’il passe outre au jugement de la Cour suprême et maintienne l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, en faisant valoir que cela était nécessaire pour contrer la remontée du mouvement souverainiste. Elle avait réagi en élisant quatre députés du nouveau Parti Égalité dans des forteresses libérales.

L’appui à la souveraineté de 29 % constaté par le sondage Léger, soit le plus bas niveau depuis le référendum du 30 octobre 1995, ne donne pas à penser qu’une déclaration d’indépendance est imminente.

Paul St-Pierre Plamondon fait la distinction entre la peur « légitime » provoquée par la dégradation de la géopolitique mondiale, encore aggravée par la guerre en Iran, et la peur « illégitime » fabriquée par le camp fédéraliste, mais l’important est que la population la ressent, qu’elle soit rationnelle ou non.

Depuis l’élection partielle dans Chicoutimi, le chef péquiste s’emploie à ménager la chèvre et le chou. D’une part, l’indépendance demeure une « absolue nécessité » ; de l’autre, le climat actuel n’est pas propice à la tenue d’un référendum. Heureusement, le PQ entend agir « en fonction d’une lecture à moyen-long terme de notre avenir ». Autrement dit, on verra si la situation est plus propice dans quelques années.

Le problème est que les prochaines élections générales au Québec se situent dans le très court terme. Il se peut que la guerre en Iran soit alors chose du passé, même si elle risque d’être remplacée par le chaos, mais la perception d’une instabilité inquiétante ne se dissipera pas en quelques mois.

Si Paul St-Pierre Plamondon est perçu par 22 % des Québécois comme celui qui incarne le plus le changement, Charles Milliard obtient une honorable deuxième place, avec 16 %. Et s’ils jugent que leur première option présente un risque trop élevé, la deuxième ne demande pas mieux que de leur offrir une solution de rechange. Après tout, l’important est de se débarrasser de la CAQ, non ?

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s’agit d’une chronique et, à ce titre, elle reflète les valeurs et la position de son auteur et pas nécessairement celles du Devoir.


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