Les meilleurs sont les meilleurs
Autour de la mi-juin, mine de rien, j’ai pris l’habitude d’allumer la télé vers midi. Mais d’effoirage sur le divan, il n’était évidemment pas question. Je voulais seulement avoir la possibilité d’y jeter un coup d’œil en passant, quitte à devoir effectuer un détour furtif, encore que parfaitement assumé, lorsque mes déambulations ménagères me mènent du gril du barbecue fleurant bon le cheeseburger à la salle à manger familiale, ou du cabanon de jardin aux boîtes à fleurs de la façade.
Parfois, quelqu’un a éteint la télé, comme on cache une bouteille à la vue d’un alcoolique. Parfois aussi, incapable de quitter ce que j’ai en train — semer du trèfle, tailler la haie de spirées ou changer l’eau du bain des oiseaux —, ou alors à court de prétextes pour rentrer, je me contente de sortir le téléphone de ma poche de fesse pour vérifier le score de la partie en cours. Mais ça pourrait être pire : je pourrais être dépendant aux opioïdes, aux paris en ligne ou aux tartelettes portugaises.
À l’époque où j’ai commencé à m’intéresser au Mondial de soccer, dans les années 1980, la chaîne RDS n’existait pas encore. Le téléspectateur nord-américain, sauf erreur, n’avait droit qu’aux matchs de la phase finale, à élimination directe. La phase de groupes, ou « phase de poule » comme on l’appelait avant — ce joli créolisme qui hybridait un gallinacé français et une piscine anglaise pour engendrer un terme footballistique dans la langue de Michel Platini aurait-il été victime de purification linguistique ? —, nous passait alors loin par-dessus la tête.
Cette année, bien sûr, c’est différent. D’abord, le Mondial se déroule dans notre cour. Et le Canada, dont les........
