Le monde en été
J’ai enseigné le journalisme pendant de nombreuses années au collégial. Mes étudiants provenaient des programmes de cinéma et de littérature, et ne connaissaient rien au journalisme. Pourtant, en quelques mois, je parvenais à leur faire écrire d’assez bons textes journalistiques divers.
Ma principale difficulté était ailleurs : je n’arrivais pas à les convaincre de lire les journaux. Je les abonnais gratuitement, pendant la session, au Devoir numérique, je les invitais à lire La Presse ou Le Journal de Montréal, je commentais l’actualité en classe pour éveiller leur curiosité, mais je n’obtenais que de bien maigres résultats.
Pour les bousculer un peu, je mettais sur la page couverture de mon plan de cours une caricature d’André-Philippe Côté datée du 8 août 2011. On y voit des banlieusards dans une piscine privée extérieure. Un des baigneurs, verre à la main, dit à son amie : « Moi, l’été, je n’écoute pas les nouvelles ! » Derrière lui, sur le bord de la piscine, on voit huit miséreux ou éclopés victimes des divers conflits qui ont cours dans le monde au même moment.
La caricature est puissante. Elle dénonce l’indifférence et l’aveuglement volontaire dont les privilégiés que nous sommes font trop souvent preuve quant au sort du monde. Elle illustre aussi la........
