Chronique | Vive l’Aroostook libre!
À mon arrivée dans les alentours de la petite ville de Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick, une question que je m’étais posée plusieurs fois avant mon voyage en voiture vers le Québec m’est brusquement revenue en tête : comment combattre la démoralisation trumpienne dans les ruines du journalisme américain ? La veille, à Presque Isle, dans le Maine, j’avais senti mon angoisse due au pitoyable état de mon pays et de mon métier s’aggraver pendant que je traversais le comté d’Aroostook, fief natal de la cynique sénatrice républicaine Susan Collins.
Dans cette vaste région rurale, l’étendue de l’influence de la société familiale S.W. Collins va de pair avec le soutien populaire à Donald Trump. J’ai pu mesurer là les effets de ce que j’appellerais le syndrome d’aveuglement trumpien, un phénomène nourri à l’idiotie crue des réseaux sociaux qui a largement détruit le contre-pouvoir politique des médias traditionnels, déjà affaiblis par les vols gigantesques de leur contenu par les GAFAM et ceux à venir par l’intelligence artificielle.
De nos jours, il est franchement déprimant d’être Américain — pire : d’être un journaliste américain.
Et voilà qu’en route pour ce qui fut jadis la Nouvelle-France, j’ai fait une pause dans un café Tim Hortons, où je suis tombé par hasard sur un remède à mon malaise. En m’approchant du comptoir, je me suis aperçu qu’ici, dans une province que je croyais entièrement anglophone, tout le monde parlait français — clients et employés. J’avais donc appris quelque chose de nouveau. Grossièrement ignorant de l’Acadie........
