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Enfin, la pause démographique!

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C’est net : nous serons moins nombreux au Québec l’an prochain que l’an dernier. Ce sera vrai encore l’année suivante, jusqu’en 2029. Puis la population sera essentiellement stable jusqu’en 2051. Vous ne le lirez nulle part ailleurs qu’ici : c’est une excellente nouvelle.

D’abord parce que nous avons vécu (plus précisément, parce qu’on nous a imposé) une explosion démographique catastrophique ces dernières années. Au total, la population québécoise est passée de 8 millions de personnes en 2012 à 9 millions en 2025. Pensez-y : caser un million de personnes de plus dans des logements, dans des écoles, dans des soins de santé et partout ailleurs dans les services publics, pas étonnant que tous nos systèmes aient été poussés près du point de rupture.

La pause démographique que l’Institut de la statistique du Québec nous annonce est donc bienvenue. Nous sommes un peu comme le serpent qui avale un éléphant ; il nous faut un temps de digestion. Dans le scénario de référence de l’institut (le plus probable), après avoir atteint 9,1 millions cette année, la population variera entre 9 millions et 9,2 millions pendant le prochain quart de siècle.

Cela n’a pas que des avantages — j’y reviendrai. Mais ces avantages existent, et on n’en parle presque jamais.

L’atténuation de la crise du logement. La réduction de la demande observée depuis l’an dernier a déjà produit une baisse des prix des logements. Une population stable ne rend pas la demande nulle (les divorces sont un facteur), mais une poussée de la construction pourra peu à peu finir par absorber la demande. Ces dernières années, l’augmentation du prix des logements fut la principale cause de la flambée de la précarité, de l’itinérance et de l’utilisation des banques alimentaires. Les retombées sociales bénéfiques de la pause démographique sont donc inestimables.

La réduction des inégalités. Rien n’est plus efficace qu’une pénurie de main-d’œuvre, induite par une pause démographique, pour obtenir un marché de l’emploi plus inclusif et plus payant. Les employeurs en manque augmentent les salaires et améliorent les conditions de travail, sont contraints d’examiner tous les CV, quelle que soit la consonance du nom de famille, et trouvent même des attraits à l’embauche de personnes handicapées. Le chômage est jugulé, tout comme la pauvreté et le recours à l’assistance sociale.

La réduction de l’étalement urbain. Si la population n’augmente plus, la pression sur le territoire agricole s’amenuise. Il n’est plus nécessaire d’ouvrir de nouveaux quartiers, de nouvelles écoles, de nouveaux hôpitaux, de nouvelles routes.

Se concentrer sur l’entretien. Le secteur de la construction, dont les capacités sont limitées, peut se concentrer sur la réfection et la rénovation. Les budgets gouvernementaux d’infrastructure aussi.

Les actifs et les passifs. Les pessimistes ont très peur qu’avec le vieillissement, le nombre de citoyens actifs par rapport au nombre de retraités soit en trop grand déséquilibre. C’est une vraie question. Mais cette crainte fut maintes fois évoquée au cours des décennies et fut toujours contrariée par la réalité. Le vieillissement s’est notamment accompagné d’un allongement significatif de l’activité économique des plus de 65 ans.

Oui, mais la croissance ? Des économistes estiment que tout cela va réduire la croissance du produit intérieur brut total. Les organisations patronales affirment que tout cela est une catastrophe pour les entreprises, car l’augmentation de leur production est freinée par leur incapacité d’importer des salariés. En effet, mais cela les force à se tourner vers l’augmentation de leur productivité, l’automation et la robotisation. Ce faisant, la richesse totale n’augmente pas aussi vite, mais la richesse par habitant, oui. Pour résumer : si vous êtes un produit intérieur brut, c’est une mauvaise nouvelle. Si vous êtes une personne, c’est une bonne nouvelle.

L’incidence de l’intelligence artificielle. Nous entrons dans une phase totalement imprévisible de destruction de l’emploi par l’intelligence artificielle. Les experts débattent de la réalité, de la rapidité et de l’ampleur de ce bouleversement. Chez nous, l’Institut du Québec estime que 18 % des emplois québécois y sont vulnérables, taux qui grimpe à 24 % chez les jeunes. Il est donc impératif que nous ne soyons pas en surplus de population et de main-d’œuvre.

Savoir s’adapter. Selon les scénarios démographiques, certaines régions vont décroître (Montréal, le Saguenay, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, l’Abitibi, la Côte-Nord) et toutes les autres vont croître. Plutôt que de tenter de renverser la tendance, l’État a intérêt à l’accompagner. Le télétravail et la régionalisation des tâches gouvernementales sont des outils permettant d’amortir le choc dans les régions à risque.

La pyramide des âges. Il y a davantage de vieux et moins d’enfants. On peut s’en désoler. Ou penser qu’il y aura enfin assez de places en CPE pour tout le monde, qu’on pourra réduire le nombre d’élèves par classe et mieux accompagner chacun de nos bambins.

La croissance, économique ou démographique, n’est pas un projet en soi, sauf pour les adeptes du gigantisme. Le projet est la qualité de la vie de chacun, l’épanouissement individuel et collectif, la poursuite du bonheur. On est neuf millions, on peut y arriver.

Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s’agit d’une chronique et, à ce titre, elle reflète les valeurs et la position de son auteur et pas nécessairement celles du Devoir.


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