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Conjuguer au singulier

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15.04.2026

Comme médecin retraité, je me permettrai une analogie peut-être un peu boiteuse. Je suggère humblement qu’un élève en difficulté d’apprentissage à l’école obtienne autant d’attention de son enseignant qu’un enfant malade en reçoit de son pédiatre.

Des insuccès scolaires peuvent parfois changer le cours de toute une vie.

Les retards scolaires et les troubles de comportement ne sont que des symptômes, tout comme la fièvre, la toux ou les vomissements, qui nécessitent une anamnèse complète des antécédents familiaux et sociaux, une mesure objective de l’intensité des problèmes faite par des tests fiables, un examen attentif complet et enfin un diagnostic différentiel psychosocial et médical étayé suivi d’un plan de traitement crédible, personnalisé et bien ciblé.

Il n’y a pas de cure miracle applicable à tous. Chaque cas est singulier et nécessite une évaluation exhaustive multidisciplinaire.

Le pédiatre a souvent besoin de l’expertise de différents professionnels de la santé, des parents et de la communauté. L’enseignant doit aussi pouvoir bénéficier du soutien d’éducateurs spécialisés, de la famille, de psychologues, d’orthophonistes, d’intervenants sociaux et même parfois des services de police communautaire, etc.

La guérison passe par un lien de confiance et la pleine coopération du patient et de ses proches avec le thérapeute et son équipe. Le jeune élève, pour réussir, doit pouvoir compter sur l’investissement inconditionnel de sa famille élargie, la société en général, de son enseignant et de son équipe.

L’établissement d’enseignement, qu’il soit privé ou public, doit offrir à tout élève en difficulté une approche diagnostique multidisciplinaire sincère, un environnement sain et des traitements appliqués avec rigueur qui font passer le bien-être de l’étudiant avant toute autre considération.

Espérer une solution universelle, peu coûteuse et facile au décrochage scolaire relève de la pensée magique. Il faut investir plus. Les élèves de ce jour sont la richesse de demain, et il ne faut pas hésiter à tout faire pour leur permettre de développer leur plein potentiel selon leurs goûts et leurs aptitudes singulières.

On apprend aux urgences à procéder par ordre de priorité : réanimer, ventiler, défibriller, corriger l’hypovolémie.

En enseignement, il faut évaluer, traiter et prévenir la précarité alimentaire, les abus sexuels et sévices physiques, l’intimidation, la violence familiale, les carences émotionnelles, la dyslexie, le TDAH et le spectre de l’autisme avant de s’attaquer aux règles de l’accord du participe passé, à l’orthographe et à la compréhension de textes.

Je ne prône pas le culte de l’enfant roi. Plusieurs élèves seraient moins anxieux dans un milieu mieux encadré et discipliné. L’école privée ou publique ne devrait avoir qu’une seule vitesse : celle de donner illico toutes les chances de gagner au coureur juvénile dès le départ. L’école publique invoque le sous-financement budgétaire pour justifier son impuissance devant les échecs scolaires.

Les prouesses robotiques et génétiques d’un CHU pédiatrique moderne peuvent sauver des vies in extremis, peu importe le statut socioéconomique des petits patients. Pourquoi ne pas offrir à nos jeunes les meilleurs outils pour favoriser le développement de leur plein potentiel scolaire et social et leur inculquer le goût d’apprendre dans la joie ?

La gratification obtenue par la diplomation d’un jeune persévérant bien soutenu est inestimable, tout comme la guérison d’un enfant malade.

La légende veut qu’Albert Einstein ait eu quelques difficultés scolaires dans une école catholique de Munich par suite de son désintérêt pour la compétition, le sport et la botanique !

Encore aujourd’hui, on débat sur la nécessité de concilier une bonne évaluation des objectifs pédagogiques et la prévention de l’inutile anxiété de performance.

Les enfants sont tous singuliers. Il ne revient pas uniquement aux jeunes élèves de s’adapter à l’école, mais aussi à l’école d’utiliser tous les outils modernes pour répondre aux besoins des élèves au cas par cas.

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