Mobiliser les matrixés
Dans les cercles d’extrême droite, notamment américains, on parle de devenir red-pilled (choisir la pilule rouge) lorsqu’on se met à croire aux théories du complot et aux schémas idéologiques qui structurent le mouvement. L’image est dérivée du film The Matrix — qui a aussi inspiré un verbe d’argot français si populaire qu’il fait son entrée dans Le Robert cette année : « matrixer », soit conditionner (quelqu’un) de sorte qu’il n’utilise plus son libre arbitre, le manipuler.
En écoutant le discours à la nation de Donald Trump de jeudi, je me suis dit que le terme doit entrer de toute urgence dans le vocabulaire des analystes politiques qui se préparent pour les élections de mi-mandat de l’automne prochain.
Je dis de toute urgence, car, depuis 10 ans, les journalistes américains se grattent la tête pour trouver comment traiter la nouvelle à l’ère du trumpisme et de la post-vérité. Jeudi soir, des chaînes de télévision comme NBC, ABC et CNN ont décidé de ne pas diffuser son discours visant à décrédibiliser le système électoral états-unien. CNN a fait le choix de publier sur son site une transcription intégrale parsemée d’annotations de vérification des faits. La démarche est intéressante et me convainc qu’on fait des progrès par rapport à 2016. Mais je reste encore sur ma faim.
Pour survivre au trumpisme, en parallèle de l’essentielle vérification et analyse des faits, il nous faut une analyse tout aussi solide… de la fiction. Une forme de commentaire journalistique qui se rapprocherait du bon vieil exercice de commentaire composé qu’on apprend en études........
