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Du crime à la culture

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23.07.2026

Quelle est la différence morale entre tuer ou blesser plusieurs personnes d’un coup, et tuer ou blesser plusieurs personnes une à la fois, durant plusieurs années ? Vous m’excuserez la question brutale. Elle me trotte dans la tête depuis ma lecture de l’essai de la journaliste mexicaine Lydiette Carrión, Féminicide mythique. Du crime à la production culturelle.

D’un côté, on a pris l’habitude de créer tout un cordon sanitaire autour des tueries. On en a fait l’expérience récemment, dans Côte-des-Neiges. Presque tous les grands médias ont pris la décision de ne pas donner le nom du tueur, de ne pas afficher sa photo et de ne pas contribuer à la circulation de son manifeste. C’est qu’on sait que la violence peut être contagieuse. On ne veut pas nourrir sa notoriété, en faire un héros.

De l’autre, et c’est le phénomène sur lequel se penche Carrión, les tueurs en série sont des figures incontournables de la culture populaire. Des romans policiers aux films d’horreur hollywoodiens, en passant par la popularité fulgurante des balados de true crime, un ensemble d’industries ultra-profitables se consacrent à élever le profil de ces hommes violents dans l’imaginaire collectif.

Quelle est la différence morale entre un homme qui mitraille une foule et un homme qui violente, viole et assassine ses victimes une à une ? Pourquoi le tabou sur l’un et la mythification de l’autre ? Pourquoi la conscience du caractère contagieux du premier, mais pas du second ?

Soulignons d’abord l’évidence : que ce soit dans le polar ou le true crime, les victimes, classiquement, sont surtout des femmes. C’est pourquoi Carrión parle carrément de culture du féminicide : elle repère comment les hommes qui tuent les femmes sont omniprésents dans nos représentations........

© Le Devoir