menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Sur les terres de Saint-Augustin, à la rencontre des chrétiens d’Algérie

11 0
friday

Le pape Léon XIV débutera sa prochaine tournée africaine par une visite historique en Algérie, du 13 au 15 avril, sur les pas du penseur de la chrétienté, auteur des « Confessions » et de « la Cité de Dieu ». L’occasion de mettre en lumière une petite église cosmopolite, immergée dans la vie de ce pays majoritairement musulman, porteuse d’un précieux message de paix, de fraternité et d’amitié

Alger, Constantine, Annaba (Algérie), envoyée spéciale.

Avec son air espiègle, ses cheveux courts ébouriffés par une bourrasque et son chèche vert autour du cou, rien ne trahit au premier abord sa vie de piété. À peine a-t-elle passé une tête dans la rue Larbi Madi filant vers la ligne bleue de la Méditerranée que des voisines, paniers à la main, saluent sœur Lourdes Miguélez Matilla et prennent de ses nouvelles.

Elle répond par un mot affectueux, en arabe ou en français. Originaire d’un village du León, en Espagne, cette religieuse a tissé bien des amitiés depuis son arrivée en Algérie en 1972, à l’âge de 22 ans. Des liens resserrés dans la peine et dans les deuils de ce quartier populaire de Bab el Oued dévasté par des inondations meurtrières et durement éprouvé par la décennie noire des années quatre-vingt-dix.

« Tous les Algériens perdaient des proches, des êtres aimés »

Au service des malades pendant trente ans comme infirmière dans les hôpitaux d’Alger, elle était en première ligne, quand la terreur djihadiste s’est abattue sur le pays. Elle a échappé de peu à l’attentat qui a coûté la vie, le 23 octobre 1994, à deux membres de sa petite communauté d’augustines missionnaires, Esther Paniagua Alonso et Caridad Alvarez Martin, tuées sur le coup alors qu’elles se rendaient à la messe dominicale.

« Ça a été un grand déchirement. Nous avions décidé ensemble de rester. Dans les moments difficiles, on ne peut pas partir et abandonner le pays et le peuple qu’on aime pour se sauver seul, murmure la survivante, les yeux embués. Nous étions tous dans la même barque. Tous les Algériens perdaient des proches, des êtres aimés. Personne ne comprenait ce déferlement de violence. »

Esther et Caridad n’ont jamais quitté son esprit. Elles ont été béatifiées en 2018 dans le sanctuaire de Santa Cruz, à Oran, parmi 19 autres martyrs chrétiens, dont les moines de Tibhirine et Mgr Claverie, évêque d’Oran, qui n’eut de cesse, au long de sa vie, d’exhorter à « découvrir l’autre, entendre l’autre, se laisser façonner par l’autre ». Lourdes n’a pas rompu les amarres : l’Algérie reste sa terre de cœur. Dans l’attente d’une réponse à sa demande de naturalisation dont le traitement s’éternise, elle fait renouveler tous les trois mois ou tous les six mois son titre de séjour.

Autour d’elle, d’autres sœurs ont rejoint la communauté, qui compte aujourd’hui trois Indiennes, une Chilienne, une Kényane. L’une travaille dans un jardin d’enfants, les autres marchent dans ses pas d’infirmière. Toutes visitent des prisonniers et se portent au secours des migrants. L’ancienne église qui les abrite accueille des séances de soutien scolaire et un centre de promotion féminine – une joyeuse ruche où se succèdent des ateliers de peinture sur verre, de confection de bijoux, de couture.

« Le pape ? On le connaît bien ! Il est déjà venu deux fois »

Des Algériennes de tous...

Lisez la suite de cet article

et débloquez tous les contenus


© L'Humanité