Féminicide : en tentant de protéger sa tante des coups de hache de son ex-mari, Majda a brisé son avenir
Il y a quelques mois, Majda a tenté de sauver sa tante, agressée par son ex-époux, en s’interposant. Fdila est morte, mais la jeune femme de 20 ans a survécu. Aujourd’hui handicapée, en situation irrégulière, elle demande sa régularisation, soutenue par la Fondation des femmes, Pow’Her et les enfants, covictimes, de Fdila.
Majda ne se souvient plus de ce matin du 20 juin 2025, sur le parvis de la gare RER à Gagny (Seine-Saint-Denis). On appelle cela une amnésie traumatique. C’est un subterfuge du cerveau pour se déconnecter des émotions et s’échapper d’une situation violente insupportable.
Majda n’arrive plus à convoquer sa mémoire pour raconter la hargne de l’ex-conjoint de sa tante, les coups de hache qu’il a asséné à sa parente ni ceux qu’elle a reçus en s’interposant. Des témoins ont entendu des hurlements, vu les femmes à terre. Des caméras de surveillance ont bien filmé l’agresseur sortir la hache de son chariot. Interpellé, l’homme a été mis en examen deux jours plus tard pour « meurtre par conjoint et tentative d’assassinat ». L’enquête est toujours en cours.
Fdila, 55 ans, est décédée à l’hôpital quelques heures après son arrivée. « On était très proches, je la considérais comme ma mère », confie la jeune femme de 21 ans, qui, elle, a survécu au féminicide. Majda a subi en urgence deux opérations cérébrales. Il a fallu lui insérer une plaque métallique dans la tête. Elle ne peut plus poser une jambe à terre et aucun médicament ne soulage la douleur. « Les séquelles psychotraumatiques sont aussi importantes, souligne son éducatrice Margot. Elle ne dort plus. Sa capacité de concentration est faible. »
En voulant protéger sa « mère de cœur », Majda a brisé son avenir. La jeune Marocaine rêvait de mathématiques et de physique. À 20 ans, au printemps 2024, elle quitte son pays pour la France afin de tenter des concours d’ingénieur. « Je n’ai pas réussi, mais je n’ai pas lâché. J’ai ensuite tenté d’intégrer une faculté, accompagnée par des assistantes sociales », résume-t-elle. Sans succès.
Féminicides : au moins 159 victimes en 2025
Alors que son visa touristique expire bientôt, Majda décroche un CDI dans un restaurant, espérant obtenir sa régularisation par le travail, et gagner de quoi payer l’accès à d’autres concours privés. « Ma tante m’avait dit que ce n’était pas un problème si je restais vivre........© L'Humanité
