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Un drame poignant qui met en lumière une triste réalité

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26.03.2026

Avec son nouvel opus ambitieux Ma fille tu seras libre, le réalisateur Bachir Bensaddek (Montréal la blanche, La femme cachée) s'intéresse à nouveau au destin des femmes immigrantes, en peignant une histoire sur deux époques, entre deux continents, d'après une histoire déchirante écrite par Marie Vien (Arlette, Le temps d'un été). Le résultat s'avère pour le moins prenant, en plongeant dans une réalité qui existe malheureusement encore en 2026, les mariages forcés pour les femmes afghanes.

On y fait la rencontre de Zarmina, alors qu'elle n'a que 15 ans, à Kaboul. Pour sauver son clan de la dérive, son père a décidé de la vendre à un vieillard du village, en échange de quelques vaches qui assureront leur subsistance. Outrée de la situation, la mère de Zarmina va orchestrer un pacte d'évasion, qui implique que sa fille doive épouser un homme exilé au Canada, à Montréal plus précisément. Une union qui s'avérera surprenamment positive. En échange, Zarmina devra redonner sa propre fille à la famille, pour qu'elle épouse son cousin resté à Kaboul, lorsqu'elle aura 15 ans. Une entente qui reviendra hanter toute la famille des années plus tard, à la lumière d'un autre drame familial.

Pour arriver au résultat d'envergure que vous verrez à l'écran, le réalisateur a tourné son long métrage en deux langues, entre Montréal et Chypre, en n'employant pratiquement que des comédiennes et comédiens afghans. Il nous présente ainsi une réalité qui existe bel et bien, mais qui nous apparaît comme tellement lointaine. Un périple de découvertes qui allie beautés et frissons dans le dos, entre tradition et libre choix. À certains égards, Ma fille tu seras libre rappelle le film américain Jamais sans ma fille avec Sally Field, qui nageait dans les mêmes eaux sans couvrir le même sujet.

En voulant nous raconter l'histoire de ces femmes afghanes, qui ont rarement leur mot à dire dans les décisions familiales, la scénariste et le réalisateur arrivent à nous parler de toutes les femmes, de liberté, d'indépendance et de décisions, des sujets qui sont toujours autant d'actualité à ce jour. L'autrice Marie Vien convient aussi de l'importance de la terre d'accueil et de la famille de cœur que peuvent s'y bâtir les immigrants, comme l'avait fait avant elle Kim Thúy avec Ru, mais de manière complètement différente.

C'est dans ce contexte qu'on découvre la comédienne d'origine afghane Wazhma Bahar, qui semble être investie d'une mission en endossant ce récit. Ce faisant, l'actrice s'avère des plus bouleversantes, au travers de scènes crève-cœur où son personnage de mère devra prendre des décisions impensables, qui vont la mener jusqu'en détention. Elle porte ainsi sur ses épaules, avec grâce, une réflexion importante sur la filiation qui dépasse les limites de cette histoire. Wazhma Bahar trouve en Saboor Sahak (le mari) et Julie Le Breton la parfaite réplique, tandis que cette dernière incarne avec émotion l'agente d'intégration qui outrepassera les exigences de son mandat, par amitié et compassion. De là naît une trame narrative sur la sororité, qui est sans doute sous-exploitée, mais belle à voir.

Si l'exercice en deux langues, sous-titré, peut sembler difficile pour certains spectateurs, il en vaut néanmoins la peine, si ce n'est que pour témoigner des différences que la tradition impose sur certaines familles. Ma fille tu seras libre est une oeuvre nécessaire, complexe, poignante, néanmoins porteuse d'espoir. Elle vous fera sans doute apprécier le confort et l'embarras du choix qui caractérise bien souvent la vie au Québec.


© Cinoche