Hausse des salaires : comment la France est devenue une mauvaise élève en Europe
Pour étonnante qu’elle soit, la statistique a été peu commentée : la France détient aujourd’hui le record européen de la modération salariale. Précisément, si on exclut Malte, c’est en France que les coûts salariaux augmentent actuellement le moins vite en Europe, selon Eurostat.
Entre la fin 2024 et la fin 2025 (derniers chiffres disponibles), ils n’ont en effet progressé que de 1,7 %, contre une moyenne européenne de 3,7 %. En Allemagne, la hausse atteignait encore 4,3 % au cours du troisième trimestre de 2025, avant de revenir à 3,2 % en fin d’année, soit près de deux fois le rythme français.
Comment la France, pays plutôt connu historiquement pour avoir des salaires et des prix dynamiques, est-elle devenue le parangon de la modération salariale ? Si le phénomène s’est accentué au cours des derniers trimestres, il remonte en fait à la sortie de crise sanitaire. Et la puissance publique n’y est pas pour rien. Bien sûr, les entreprises sont responsables des hausses – ou plutôt de l’absence de hausse – des salaires. Mais des choix de politique économique les déterminent également, comme le montre un petit regard dans le rétroviseur.
Au plus fort de la crise inflationniste de 2022-2023, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le gouvernement Borne « a fait le choix d’amortir le choc, non pas en aidant les ménages via des chèques, comme cela a été fait en Allemagne, par exemple, mais en mettant en place des ristournes permettant de limiter la hausse des prix de l’énergie », souligne Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). L’exécutif souhaitait ainsi limiter l’inflation, une façon........
