Camargue : face au changement climatique, le sel sur le banc des accusés
Debout au milieu de ses chevaux camarguais, Laure Vadon s’interroge. Devra-t-elle bientôt quitter le mas familial et abandonner ses terres pour migrer à plusieurs centaines de kilomètres de sa Camargue natale ? Fera-t-elle partie des premiers réfugiés climatiques en France à devoir fuir face à la montée des eaux ? « Je ne peux pas l’accepter », lâche la quinquagénaire.
Installé depuis neuf générations au cœur du delta du Rhône, le Mas Saint-Germain élève chevaux et taureaux au milieu d’une exploitation rizicole bio. Depuis quelques années, la famille Vadon accueille également les touristes au sein d’un gîte équestre.
« Ce mas, c’est nos racines. Nous vivons ici depuis près de trois cents ans. Alors quand j’entends qu’il faudrait délocaliser la Camargue, j’ai l’impression que l’Etat nous abandonne. »
« Ce mas, c’est nos racines. Nous vivons ici depuis près de trois cents ans. Alors quand j’entends qu’il faudrait délocaliser la Camargue, j’ai l’impression que l’Etat nous abandonne. »
D’après un scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), l’élévation du niveau de la mer de 63 à 102 centimètres d’ici à 2100 pourrait submerger la plus grande partie de la Camargue à marée haute et lors des tempêtes. Sans action publique, près de 32 000 personnes seraient durablement touchées. Et pour cause : dans ce territoire de 150 000 hectares, 70 % des terres sont situées à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer.
Plus rien ne pousse à certains endroits
Pour Laure Vadon, l’urgence est déjà là. Au bout des prairies bordées par les bosquets de tamaris qui délimitent ses terres se trouve l’étang de Vaccarès. Avec une superficie de 65 km², il est le plus vaste étang de la réserve naturelle de Camargue et le premier menacé par la montée des eaux.
« En tant que riverains, on a constaté une dégradation du milieu, avec une disparition des roselières, une salinité accrue, une érosion des berges. Aujourd’hui, on ne peut plus faire de luzerne à certains endroits, ce qui signifie qu’on n’a plus de fourrage pour les bêtes. On a également des terres qui sont tellement salées que même le riz n’arrive plus à pousser. »
« En tant que riverains, on a constaté une dégradation du milieu, avec une disparition des roselières, une salinité accrue, une érosion des berges. Aujourd’hui, on ne peut plus faire de luzerne à certains endroits, ce qui signifie qu’on n’a plus de fourrage pour les bêtes. On a également des terres qui sont tellement salées que même le riz n’arrive plus à pousser. »
Avant la menace d’une submersion, la montée des eaux a en effet engendré une salinisation des sols sans précédent.
« Il y a encore une quinzaine d’années, on avait entre 50 et 80 jours par an où l’on pouvait évacuer vers la mer les eaux fluviales et agricoles qui arrivaient dans les étangs car le niveau était plus bas. Aujourd’hui, on est plutôt autour de 10 jours par an. Or, si on n’arrive pas à vider la Camargue, on ne peut pas évacuer du sel. Et lorsqu’on veut faire sortir de l’eau, c’est la mer qui rentre », explique le directeur de la Réserve naturelle nationale de Camargue, Gaël Hemery.
« Il y a encore une quinzaine d’années, on avait entre 50 et 80 jours par an où l’on pouvait évacuer vers la mer les eaux fluviales et agricoles qui arrivaient dans les étangs car le niveau était plus bas. Aujourd’hui, on est plutôt autour de 10 jours par an.........
