menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

L’introduction en Bourse de SpaceX, un pari fou à 1 000 milliards de dollars

27 0
11.06.2026

Valorisée à 1 765 milliards de dollars, l’entreprise spatiale d’Elon Musk fait son entrée en Bourse le 12 juin. Sur la foi d’un développement de centres de données orbitaux qui feraient fonctionner l’IA. Une promesse risquée.

L’introduction en Bourse ce 12 juin de l’entreprise spatiale d’Elon Musk est un condensé de toutes les dynamiques et caractéristiques de l’industrie de la tech états-unienne. A première vue, c’est d’abord l’opération de tous les records.

SpaceX lève ainsi 75 milliards de dollars, pulvérisant le précédent record de Saudi Aramco (25 milliards en 2019). Ces nouvelles actions ne représentent qu’une petite portion du capital de l’entreprise spatiale (moins de 5 %). Sa valorisation, c’est-à-dire la somme de toutes ses actions, atteint, elle, 1 765 milliards de dollars !

Un montant également inédit pour une introduction en Bourse. L’entreprise tutoie désormais les géants de l’industrie de la tech, entre un Meta qui affiche une valorisation boursière de 1 500 milliards de dollars ou un Amazon à 2 660 milliards.

Mais derrière cette succession de montants faramineux, se cache un pari financier : celui d’installer l’infrastructure physique de l’intelligence artificielle (IA) dans l’espace. Cette promesse, aujourd’hui couchée sur le papier, présuppose d’arriver à dépasser toute une série de contraintes techniques, industrielles et économiques qui restent non résolues à ce jour.

Ce n’est pas le premier coup de poker d’Elon Musk, mais cette fois-ci les enjeux financiers sont d’un autre ordre, car il s’agit d’un pari à plus de 1 000 milliards de dollars. Une marque supplémentaire, s’il en était besoin, de l’emballement de la bulle autour de l’IA, mais dont les conséquences, en termes de stabilité financière, dépassent le seul secteur de la tech.

Autre fait notable, la société d’Elon Musk dévoile enfin le détail de ses comptes. Le document que SpaceX a dû livrer pour son introduction en Bourse pointe que le groupe est un des leaders mondiaux des lancements de satellites, grâce notamment à sa fusée réutilisable Falcon 9, mais que cette activité est relativement marginale dans son modèle. Elle ne représente que 21 % de ses revenus.

Moins de bébés : est-ce si grave ?

L’essentiel (61 %) de ses 18,6 milliards de chiffre d’affaires provient de son service Starlink et des 10,3 millions d’abonnés à cette constellation de satellites qui permet d’avoir accès à Internet à n’importe quel endroit du globe et sans passer par les réseaux terrestres.

Si ses activités spatiales sont profitables, l’entreprise SpaceX perd cependant de l’argent, près de 5 milliards, et ce uniquement à cause de l’intégration en 2025 de xAI, la filiale qui regroupe X (ex-Twitter), l’IA Grok et le supercalculateur Colossus. Car pour tenter de rester dans la course à l’investissement pour le déploiement et le contrôle de l’infrastructure IA à laquelle se livrent les Google, Amazon ou Microsoft, qui y consacrent plusieurs dizaines voire une centaine de milliards de dollars par an, xAi dépense beaucoup d’argent.

L’an dernier, l’entreprise a déboursé plus de 12 milliards de dollars, un effort sans commune mesure avec les 3,2 milliards de revenus qu’elle a enregistrés. La société d’Elon Musk est d’une envergure bien moindre que celle des autres géants américains. Avec moins de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, elle arrive à peine à la cheville d’un Microsoft qui a totalisé 281 milliards de revenus la même année pour un bénéfice de 101 milliards et encore plus d’un Google enregistrant plus de 400 milliards de chiffre d’affaires pour des profits s’élevant à 132 milliards.

L’introduction en Bourse permet cependant à SpaceX de mettre la main sur 75 milliards de cash afin de financer ces investissements. Mais le projet d’Elon Musk diffère légèrement de celui des autres........

© Alternatives Économiques