François Ruffin : « Il est temps de refermer la parenthèse libérale »
Ancien membre de La France insoumise et désormais président du parti Debout !, François Ruffin est candidat à l’élection présidentielle. Comme Olivier Faure, Clémentine Autain, Fabien Roussel, et Jean-Luc Mélenchon, le député de la Somme a accepté de livrer à Alternatives Economiques les grandes lignes de ses priorités économiques et sociales.
Logement, salaires, régulation des marchés, taxation des bénéfices des multinationales, réindustrialisation, changement climatique… le candidat veut clore la phase libérale ouverte en 1983 et remettre l’Etat au centre du jeu.
Quelles mesures défendez-vous pour contrer la montée des prix des carburants et la reprise de l’inflation ?
François Ruffin. Il faut d’abord replacer ce sujet dans un tableau général. Nous faisons face à une succession de crises : gilets jaunes, Covid-19, guerre en Ukraine, agriculture, retraites, Ormuz et bien sûr climat. Tout cela crée un monde instable dans lequel les marchés ne marchent plus.
Dans ce monde-là, nous avons besoin d’un Etat qui encadre, qui régule, qui stabilise. Pendant les Trente glorieuses, l’Etat a su allier prospérité et stabilité en utilisant plusieurs outils d’encadrement qui sont toujours pertinents aujourd’hui. Face à l’inflation, l’indexation des salaires sur les prix était en vigueur jusqu’en 1983. Le contrôle des prix et des marges jusqu’en 1986. Des prix planchers ont longtemps existé dans l’agriculture. Nous voulons rétablir ces régulations.
Il est des secteurs où il faut exclure le marché, comme la santé, l’éducation, et globalement, tout ce qui touche à l’humain. Et pour les autres secteurs, le marché doit être encadré, régulé. C’est une nécessité de notre temps. Lionel Jospin, lorsqu’il était premier secrétaire du Parti socialiste en 1983, disait : « Nous ouvrons une parenthèse libérale ». Il faut désormais la refermer.
Est-il vraiment possible de réindexer les salaires sur les prix ? Le Medef vous rétorquera que ce serait suicidaire pour l’économie française.
Nous voulons évidemment que les salaires réels progressent, alors qu’ils ont baissé depuis 2021, et que les gens puissent vivre de leur travail. C’est le b.a.-ba. Nous voulons donc rétablir l’indexation des salaires sur les prix.
Bien entendu, nous en avons conscience : « les entreprises », ça ne veut rien dire. Les patrons, c’est comme les poissons : il y a des requins et des sardines. Les multinationales captent l’essentiel de la plus-value, et redistribuent 70 % de leurs bénéfices aux actionnaires. Ce qui n’est utile ni aux salariés, ni à la société. Au lieu de rééquilibrer, l’Etat pense par les gros et par le haut. Les firmes paient moins d’impôts, reçoivent plus d’aides tout en détruisant des emplois alors que les PME, elles, paient plus d’impôts, touchent moins d’aides, et ont créé un million d’emplois en dix ans.
La grande transition écologique qui nous attend va reposer sur le travail. Il doit être valorisé, et non méprisé. Cela passe d’abord par le salaire
La grande transition écologique qui nous attend va reposer sur le travail. Il doit être valorisé, et non méprisé. Cela passe d’abord par le salaire
En matière de pouvoir d’achat, le gouvernement prend depuis des années en charge la hausse des revenus via des dispositifs fiscaux (prime d’activité, épargne salariale défiscalisée…). Faut-il y mettre fin et contraindre les entreprises à augmenter les salaires ?
Notre pays est camé aux subventions. Il faut en comprendre le mécanisme : nos dirigeants ont plongé la France dans la mondialisation, acceptant de fait la délocalisation de la production. Pour que subsiste quand même une base productive, qui, forcément, n’est pas compétitive avec la Pologne ou la Chine, ils ont subventionné les entreprises, bien au-delà de l’industrie.
Et au lieu de réguler le marché, ils ont laissé faire et ont subventionné derrière pour corriger ses défaillances. C’est ce qui s’est passé pour l’agriculture, le logement, l’énergie, mais aussi les salaires avec la prime d’activité. Il faut sortir de cette addiction, en régulant les prix en amont plutôt que subventionner en aval, en ciblant les aides plutôt qu’en arrosant à l’aveugle toute l’économie, et bien sûr en se protégeant de la concurrence à nos frontières en atténuant le dumping.
En matière de pouvoir d’achat, il faut aussi regarder dans les dépenses contraintes, dont le logement, qui accapare en moyenne 30 % des revenus. Je veux mettre en place quatre........
