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Valérie Golaz et Bénédicte Gastineau : « Freiner la croissance démographique pour sauver le climat n'a aucun sens »

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Faut-il freiner la croissance de la population mondiale pour préserver la planète ? L’idée, ancienne, refait surface au gré des tribunes et des controverses médiatiques. Valérie Golaz, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), et Bénédicte Gastineau, démographe à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), démontent une idée aussi inefficace que stigmatisante. 

Toutes deux rattachées au Laboratoire population environnement développement (LPED, IRD Marseille Université), elles rappellent que l’accès aux services de santé reproductive est d’abord un droit fondamental, aujourd’hui fragilisé par le retrait américain de l’aide au développement.

Freiner la croissance de la population mondiale pour limiter le réchauffement : le propos revient régulièrement dans le débat politique. Tient-il la route scientifiquement ?

Valérie Golaz : Il y a bien entendu une relation entre le niveau des émissions de gaz à effet de serre et le nombre que nous sommes sur Terre, mais ce n’est pas la bonne cible. Quand on parle de réduire la taille de la population, de qui parle-t-on en pratique ? Des populations en croissance, autrement dit, principalement, de l’Afrique subsaharienne. 

Or les émissions de gaz à effet de serre sont principalement le fait des pays les plus riches, Etats-Unis, Chine, Europe, Japon, où la fécondité est déjà tombée très en deçà du seuil de remplacement des générations. Influencer la croissance démographique en Afrique n’aurait en réalité pas d’effet significatif sur les émissions mondiales. De plus, à supposer que cela puisse être mis en œuvre, ces résultats fatalement modestes ne seraient perceptibles qu’à long terme alors que nous avons déjà besoin d’abattre nos émissions de manière massive au cours des dix ans qui viennent.

Bénédicte Gastineau : Du point de vue du climat, une telle politique n’aurait effectivement aucun sens. De plus, elle serait démographiquement inopérante. Tout simplement parce que les rythmes de croissance de la population n’obéissent pas, ou si peu, aux politiques qui prétendent les contrôler, même dans un pays comme la Chine. Il s’agit de phénomènes complexes, et dans lesquels les inerties sont très fortes. 

Par ailleurs, il faut souligner une vision erronée de l’Afrique subsaharienne. Celle-ci ne forme pas un ensemble homogène et dans beaucoup de pays, la transition démographique est déjà largement engagée. Au Kenya, la fécondité a été divisée par plus de deux, de huit à trois enfants par femme en une cinquantaine d’années. Ces transitions, déjà anciennes, avancent à des rythmes qui peuvent nous sembler lents, alors qu’ils sont plus rapides que ce que nous avons vécu en Europe, la transition démographique s’y étant parfois étalée sur deux siècles.........

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