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EPR2 : tous les doutes sont permis, les espoirs aussi

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15.03.2025

L’EPR2, ou « Evolutionary Power Reactor 2 », est un projet de réacteur nucléaire à eau pressurisée de génération III , développé par EDF. Il s’agit d’une évolution de l’EPR initial, intégrant les retours d’expérience des chantiers précédents et de l’exploitation des EPR dans le monde, notamment ceux de Flamanville 3 en France, Taishan en Chine et Hinkley Point C au Royaume-Uni. EDF prévoit la construction de six nouveaux réacteurs de technologie EPR2 en France. Le site de Penly, en Normandie, a été retenu pour le lancement du programme. Les sites de Gravelines (Nord), puis celui de Bugey (Ain) doivent aussi chacun accueillir une paire d’EPR2. Ces projets visent à moderniser et à renforcer le parc nucléaire et s’inscrivent dans la politique française de transition énergétique et de réindustrialisation décarbonée.

Ce texte, qui s’inscrit dans le contexte du débat public (1), résume les enjeux stratégiques de ce projet ambitieux, en centrant son propos sur le projet des deux EPR2 de Gravelines. La centrale nucléaire de Gravelines est la plus grande centrale nucléaire d’Europe de l’Ouest en termes de capacité de production et de nombre de réacteurs. Elle est équipée de six réacteurs à eau pressurisée de 900 MW chacun, mis en service entre 1980 et 1985 (CLI, Gravelines). Le projet porte sur la construction de deux EPR2 d’une puissance respective de 1670 MW, et sur la création de 4 lignes électriques 400 000 volts sur 6 km pour raccorder les réacteurs EPR2 de Gravelines au futur poste de Flandre Maritime. Cette paire d’EPR2 produirait autant d’électricité que 40% de la consommation de la région Hauts-de-France en 2022 (CNPD). Le projet permettrait aussi de réaliser le double objectif de l’économie dunkerquoise qui concentre de nombreux projets industriels : la réindustrialisation et la décarbonation (Boutillier et al., 2024). Quels sont les défis à relever pour garantir sa réussite, en termes de maîtrise les contraintes techniques, de mobilisation les ressources humaines nécessaires, ou encore pour maximiser les retombées économiques pour le territoire ?

Coûts et délais : « Plus c’est long, plus c’est cher (2) »

La gestion des délais et des coûts est au cœur des enjeux du projet. Ces deux paramètres sont étroitement liés : un retard dans le calendrier entraîne une augmentation des coûts, notamment en raison de la mobilisation des équipes, et de l’impact des fluctuations des prix des matériaux. En outre, une dérive des coûts peut freiner la progression du chantier et compromettre l’atteinte des objectifs initiaux. Dans un projet d’une telle envergure, maîtriser cette relation est essentiel pour garantir la viabilité économique et la crédibilité du programme.

L’héritage de Flamanville

L’expérience passée alimente la nécessité d’une vigilance accrue. Initialement prévu pour un coût de 3,3 milliards d’euros (estimation 2015) avec une construction de 2007 à 2012, le projet Flamanville est finalement estimé en 2025 à 23,7 milliards d’euros par la Cour des Comptes et s’est étendu jusque 2024. Le rapport Folz (2019), qui analyse les retards et dépassements budgétaires de ce projet, met en lumière les écueils rencontrés. Parmi eux, une planification initiale irréaliste et une coordination insuffisante entre les parties prenantes. Ces erreurs ont conduit à des recommandations spécifiques pour les projets futurs. L’objectif est clair : éviter les mêmes dérives et garantir une exécution rigoureuse pour les EPR2.

Bénéficier de l’effet de série

Pour réduire ces délais et ces coûts, EDF mise sur l’effet de série. Il désigne la réduction progressive des coûts unitaires........

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